Le 14 juin 2016, à l'occasion de l'E3 de Los Angeles, SONY crée la surprise en annonçant un jeu Spider-Man exclusif à la PlayStation 4. La bande-annonce dévoile un Spider-Man agile évoluant dans un vaste monde ouvert, avec des combats dynamiques et des déplacements spectaculaires. Dès cette présentation, on peut établir un parallèle avec la célèbre série Batman : Arkham, réputée pour son système de combat fluide et son approche moderne des super-héros. Cette annonce suscite un immense enthousiasme auprès des joueurs, qui y voient enfin l'occasion de découvrir une adaptation ambitieuse de Spider-Man.
Insomniac Games, studio américain reconnu pour son savoir-faire et sa créativité, se voit confier le développement du jeu par SONY. Le studio s'est illustré grâce à des licences emblématiques comme Spyro the Dragon ou encore Ratchet & Clank. Pour ce projet, Insomniac collabore étroitement avec MARVEL Games afin de proposer une histoire originale, indépendante des films et des bandes dessinées existantes. Les développeurs choisissent de mettre en scène un Peter Parker plus expérimenté, déjà installé dans son rôle de super-héros. Ils conçoivent également un système de déplacement particulièrement fluide, permettant de traverser Manhattan en se balançant entre les immeubles avec une grande liberté. L'objectif est d'offrir une expérience immersive, spectaculaire et fidèle à l'univers de Spider-Man.
Le 07 septembre 2018, MARVEL’s Spider-Man sort exclusivement sur PlayStation 4 et rencontre un immense succès commercial dès ses premières semaines de commercialisation.
Dès les premières heures de jeu, une évidence saute aux yeux, le jeu s'inspire énormément de la formule des Batman : Arkham. Que ce soit dans les combats, les contres, les esquives ou les phases d'infiltration, la filiation est évidente. Pourtant, le jeu ne se contente pas de copier. Il adapte cette formule à l'agilité de Spider-Man, ce qui donne des affrontements beaucoup plus aériens et nerveux. Les gadgets, les toiles et les acrobaties rendent chaque combat spectaculaire, tandis que les finishers offrent des animations toujours aussi impressionnantes. Les séquences d'infiltration sont également très réussies grâce aux déplacements au plafond, aux éliminations silencieuses et aux possibilités offertes par les toiles. En revanche, le jeu ne récompense quasiment jamais cette approche discrète. Foncer dans le tas reste souvent aussi efficace, voire plus rapide, ce qui réduit l'intérêt stratégique de l'infiltration malgré son excellente conception.
L'un des meilleurs choix scénaristiques du jeu est de ne pas raconter une nouvelle fois les origines de Spider-Man. Tout le monde connaît déjà la morsure de l'araignée ou la mort de l'oncle Ben. Ici, Insomniac prend le parti d'incarner un Peter Parker qui possède déjà huit années d'expérience en tant que héros. Ce Spider-Man maîtrise parfaitement ses pouvoirs et inspire déjà les habitants de New York. Cette décision permet au scénario d'aller immédiatement à l'essentiel et d’avoir un Spidey qui connaît déjà ses pouvoirs (pour le déplacement). La véritable réussite du jeu réside dans ses déplacements. Se balancer d'immeuble en immeuble est une sensation grisante. Tout est fluide, instinctif et incroyablement naturel. On ne se déplace presque jamais par téléportation rapide tant parcourir Manhattan est un plaisir permanent. Peu de jeux donnent une telle sensation de vitesse, de liberté et de maîtrise. On se surprend souvent à traverser la ville sans objectif, uniquement pour le plaisir de voler entre les gratte-ciel.
La première partie de l'aventure met en scène Mister Negative et son organisation criminelle, les Démons. Étant un personnage relativement récent dans les comics, je ne le connaissais pratiquement pas avant de lancer le jeu. Pourtant, le scénario construit intelligemment son identité en révélant progressivement le lien entre Martin Li, homme charitable et directeur d'un centre d'accueil, et son alter ego maléfique. Même si cette révélation reste assez prévisible, elle fonctionne grâce à la qualité de la narration. Les affrontements contre Mister Negative sont particulièrement spectaculaires et donnent l'impression d'affronter une véritable menace. Une fois vaincu, j'étais persuadé d'avoir atteint la conclusion du jeu. En réalité, ce n'était que le début de la véritable montée en puissance du scénario.
C'est à ce moment-là que le jeu surprend totalement avec l'apparition des Sinister Six dans une séquence magistralement mise en scène. Voir Spider-Man complètement dépassé par six de ses plus grands ennemis est un moment particulièrement marquant. Le Scorpion, Rhino, Electro, le Vautour et Mister Negative rejoignent les rangs sous les ordres du Docteur Octopus. Si plusieurs membres de l'équipe servent surtout de boss à affronter, chacun bénéficiant finalement d'un développement assez limité, ce n'est absolument pas le cas du Doc Ock. Otto Octavius est au cœur de toute l'histoire. Sa relation avec Peter Parker est développée durant une grande partie du jeu, rendant sa chute encore plus tragique. Son évolution vers le Docteur Octopus est crédible, touchante et parfaitement amenée. Les affrontements finaux contre lui sont parmi les meilleurs jamais proposés dans un jeu Spider-Man. La mise en scène, les dialogues, les émotions et la musique rendent cette conclusion particulièrement mémorable.
Le jeu ne nous fait pas uniquement contrôler Spider-Man. À plusieurs reprises, on incarne également Mary-Jane Watson et Miles Morales durant des séquences d'infiltration. Sur le papier, l'idée est excellente puisqu'elle permet de montrer les événements sous un autre angle et de mettre en avant des personnages dépourvus de super-pouvoirs. Dans les faits, le résultat est beaucoup plus mitigé. Les passages avec Mary-Jane sont beaucoup trop nombreux, très simples et surtout extrêmement répétitifs. Ils cassent régulièrement le rythme de l'aventure. Ceux de Miles sont un peu plus intéressants grâce à une tension plus présente. Surtout, son introduction dans l'univers de Peter Parker est remarquablement réussie. Son évolution après la mort de son père est touchante et prépare intelligemment son avenir dans la franchise. Son arc narratif est l'un des meilleurs du jeu.
La bande originale participe énormément à l'identité du jeu. John Paesano compose une musique héroïque qui accompagne parfaitement chaque moment de l'aventure. Les thèmes orchestraux renforcent aussi bien les scènes d'action que les moments plus intimistes entre les personnages. Même lors des simples déplacements dans Manhattan, la musique donne une impression de grandeur et de liberté. Pendant les affrontements contre les boss, elle accentue la tension et transforme chaque combat en véritable séquence cinématographique. Les cinématiques gagnent elles aussi en émotion grâce à cette composition inspirée. C'est une bande originale immédiatement reconnaissable qui contribue largement à l'immersion et qui fait partie des grandes réussites du jeu.
Le doublage français mérite lui aussi de nombreux éloges. Même si la synchronisation labiale reste parfois approximative, la qualité de l'interprétation compense largement ce défaut. Donald Reignoux prête sa voix à Peter Parker avec un naturel remarquable. Les amateurs de version française le connaissent notamment pour avoir doublé le Peter Parker de Andrew Garfield, ce qui lui permet d'incarner le personnage avec une véritable expérience. Le reste du casting est également excellent et donne beaucoup de crédibilité aux différents protagonistes. Les dialogues de Spider-Man sont constamment ponctués de blagues, de piques adressées à ses ennemis et de nombreuses références méta. On retrouve notamment une référence à Titeuf, autre personnage doublé par Donald Reignoux, mais aussi cette réplique : « La fumée, c'est mon seul point faible avec les petits couteaux », clin d'œil direct à la célèbre phrase d'Andrew Garfield dans son film. Ce type d'humour renforce énormément l'attachement au personnage.
En matière de contenu, le jeu est particulièrement généreux. Au fil de l'aventure, on débloque de nombreux costumes inspirés des comics, des films ou totalement originaux, chacun pouvant être associé à des pouvoirs spécifiques. S'ajoutent un arbre de compétences, plusieurs gadgets à améliorer ainsi qu'une grande quantité d'objets à collectionner. Les sacs à dos disséminés dans Manhattan enrichissent le lore de Peter Parker grâce à des souvenirs de sa carrière de super-héros. Les émissions radio de J. Jonah Jameson apportent également beaucoup d'humour et de personnalité à la ville. En revanche, le jeu souffre d'une certaine répétitivité lorsqu'on cherche à le terminer à 100 %. Les stations de recherche de Harry Osborn deviennent vite lassantes, tandis que les crimes aléatoires sont beaucoup trop nombreux. Avec près de vingt interventions par quartier et une dizaine de quartiers à nettoyer, la progression finit par devenir artificiellement longue. Je déconseille donc de viser le platine dès la première partie.
Les trois DLC prolongent encore davantage cette expérience. Ils ajoutent plusieurs dizaines de nouveaux crimes à résoudre dans Manhattan, ce qui allonge considérablement la durée de vie. Personnellement, j'ai trouvé cette répétition un peu excessive. Pourtant, je n'avais pas envie de quitter cet univers tant il est agréable à parcourir. Sur le plan scénaristique, ces extensions restent intéressantes sans être indispensables. Elles développent notamment le personnage de Yuri Watanabe, dont l'évolution devient beaucoup plus sombre, ainsi que la relation ambiguë entre Peter Parker et Black Cat. Elles permettent également de retrouver Silver Sable et de suivre la guerre des gangs orchestrée par Hammerhead. Même si l'histoire reste inférieure à celle du jeu principal, ces DLC constituent un complément appréciable pour les joueurs souhaitant prolonger l'aventure.
MARVEL’s Spider-Man est, selon moi, l'une des meilleures adaptations de super-héros jamais réalisées en jeu vidéo. Certes, il emprunte énormément à la formule des Batman : Arkham, mais il la réinterprète avec suffisamment d'intelligence pour créer une identité qui lui est propre. Son système de déplacement est probablement le meilleur jamais conçu pour un Spider-Man, son scénario monte constamment en puissance jusqu'à une conclusion particulièrement émouvante et sa réalisation est d'un niveau exceptionnel. Malgré quelques défauts, comme certaines activités répétitives ou les séquences avec Mary-Jane qui cassent le rythme, le plaisir de jeu reste intact du début à la fin. Entre sa bande-son, son excellent doublage français, ses combats spectaculaires et son immense respect de l'univers de MARVEL, le titre d'Insomniac Games est une réussite presque totale. Un incontournable pour tous les fans de Spider-Man et, plus largement, pour tous les amateurs de jeux d'action-aventure.