Enfin, les développeurs de Yacht Club Games laissent de côté leur chevalier à la pelle pour proposer une nouvelle licence. Voici Mina the Hollower, une souris ingénieure qui a créé des tours qui font office de générateur et qui produisent de l’énergie pour l’île de Ténébrande. Elle apprend que les six générateurs sont en panne, et se donne pour mission de tous les réparer. Sur son chemin, elle rencontre Throne, qui prétend que ces générateurs sont à l’origine de nombreux maux de l’île. C'est dans un savant mélange qui rend hommage aux jeux 8 bits que nous suivons cette aventure.
Mina the Hollower reste dans la vibe de Shovel Knight. On a ici un jeu dans un style 8 bits à la fois sur le plan visuel et sur le plan auditif. À titre personnel, j’ai trouvé que le résultat était réussi sur ces deux plans. Je reproche à cet esthétisme de manquer parfois de clarté pour toucher les ennemis. Pour des raisons inconnues, tantôt on touche sur un axe, tantôt non. Les musiques me semblent aussi très réussies et variées. J’ai vu des personnes les critiquer, les qualifiant de cacophoniques. Je ne rejoins pas cette remarque, je n’ai jamais eu envie de couper le son et c’est agréable de reconnaitre les musiques après avoir terminé le jeu. Il est vrai qu’elles sont interchangeables, car sans lien avec l’environnement. En cela, je partage cette idée pour la moitié de la BO. Pour l’autre moitié, je pense qu’il faut quand même reconnaitre qu’elles ont la qualité d’être excellentes, mais pas celle d’être en thème avec la zone. Quand on joue à ce jeu, on ressent toutes les inspirations possibles des jeux 8 bits (et plus) comme Zelda, Castlevania, Metroid, Mega Man, Final Fantasy… Même Chrono Trigger.
Le gameplay présente quelques imperfections. Mina peut s’équiper de différentes armes qui ont un maniement différent. Elle ne peut attaquer que dans les quatre directions cardinales. Lancer une attaque revient à écrire son avenir sur les quelques secondes qui suivent, car Mina ne peut plus bouger à la manière d'un Simon Belmont dans Castlevania. Pour le peu que l’ennemi soit décalé de quelques pixels, l’agacement se fait vite ressentir. L’originalité réside dans la capacité de creuser des trous. Sauf cas exceptionnels, rester appuyé sur le bouton de saut permet à Mina d’esquiver ou de se faufiler. Pour le premier, il faut admettre que l'exécution réside davantage dans l’anticipation que dans la réaction. Ainsi, on prend énormément de dommages à cause d’une animation trop longue. Dans le genre animation trop longue, celle du soin l’est tout autant. Ce soin dépend d’une barre orange qui se remplit à mesure que l’on fait des dégâts, sans en prendre soi-même. Il arrive qu’elle obnubile tellement qu’elle biaise la visibilité de la vraie barre de vie. Enfin, tel Dark Souls, il propose de récupérer un orbe sur notre lieu de mort pour conserver notre argent. On peut accumuler plusieurs orbes pour minimiser nos pertes. Pour casser la monotonie du gameplay, le jeu propose des « reliques » qui permettent d’obtenir des attributs spéciaux. Ils ne sont pas tous égaux et certes sont pétés, rendant l’expérience du jeu beaucoup plus facile.
Pourtant, le jeu propose une difficulté tout à fait correcte. Il propose de petites séquences retordes qui se concluent par un raccourci pour ne pas se le retaper. Ainsi, la mort est frustrante, mais tolérable grâce à tous ces pics de difficultés qu’on ne se retape pas. On est rarement bloqué longtemps. De même pour les boss, car dès que l’on sait esquiver quelques attaques, le bourrinage fonctionne souvent et compense l’injustice. L’ensemble se conclut entre 15 h et 20 h. L’exploration étant réussie, c’est elle qui définira le temps de jeu. Il est possible de faire toutes les zones dans l'ordre que l'on souhaite. Le jeu indique subtilement où aller après une zone, mais je n'en ai pas tenu compte et ai réussi à avancer sans suivre leurs conseils. Même si le gameplay n’évolue pas, on a à cœur de farfouiller pour découvrir quelques secrets. L’écriture est bonne et régulièrement amusante. Si l’histoire est convenue, elle pèche sur sa fin. Deux sont possibles : la « normal ending » donne l’impression d’être une bad ending et la « secret ending » est difficile à acquérir soi-même sans soluce. Toutes les mécaniques ne sont pas claires et on peut rester quelques minutes à chercher comment on est censé surmonter certains obstacles. Pour ce qui est des donjons, les développeurs se sont creusé la tête pour proposer des idées originales et mélangées à un level design travaillé. Quelques exemples:
– La poursuite sur plusieurs écrans, tel un Némésis de Resident Evil 3 dans Septembourg ;
– jouer avec des plateformes dont le comportement dépend de notre position ou de notre vitesse dans le Planétaire Astral;
— Nager dans le Bayou de Box, les rails du Pic Coltrane, la Grève aux Os qui joue sur deux niveaux entre extérieur et intestin…
Bref, Mina the Hollower est un très bon jeu, qui a un gameplay tantôt brouillon, tantôt bourrin, mais agréable en main. Quelques améliorations au cours de l’aventure auraient été bénéfiques. Les musiques et les graphismes en style 8 bits ne plairont pas à tout le monde, malgré leur qualité ; leur répétitivité peut taper sur le système. Le level design est travaillé pour relever le tout, avec son personnage charismatique et son monde original. Les développeurs de Yacht Club Games réussissent à proposer une nouvelle expérience qui fonctionne et qui se laisse jouer avec plaisir. C’est dommage de croiser quelques défauts qui donnent l’impression que c’est leur premier jeu. Ça valait quand même le coup de lâcher la pelle pour creuser avec une souris.