La deuxième tentative s’est révélée la bonne pour entrer dans Outer Wilds, le jeu que tout le monde sur Internet recommande, mais auquel on ne doit surtout pas « divulgâcher ». Eh bien, ils ont raison, les gens sur Internet.
Ce jeu captivant se déroule autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’écran. J’ai accumulé une vingtaine d’heures de jeu, mais j’ai également vécu de nombreux moments de révélation sous la douche, en courant ou en passant l’aspirateur, et bien sûr en discutant sur Discord (big shout-out à @PierreBN, @Vlad et @Teesee du discord Silence on Joue). J’ai ressenti à la fois de la perplexité, de l’admiration, de la frustration, de l’excitation et de la déception.
Il est important de noter que ce jeu n’est pas facile. Il exige un certain état d’esprit que je décrirais comme un « lâcher-prise, mais quand même attentif ». Outer Wilds est un jeu d’énigmes où le plaisir consiste à trouver la ou les solutions. Il faut avoir l’esprit « escape game », ce qui n’est pas mon fort (j’ai été complètement perdu dans Blue Prince, par exemple).
J’ai eu du mal à me laisser emporter par ce jeu, car j’avais l’impression d’être constamment confronté à du « signifiant », c’est-à-dire à des éléments qui pouvaient m’aider ou me détourner de l’enquête. Cela m’amène souvent à être quasi paranoïaque et à tout noter.
Et pourtant, après cette entrée en matière qui peut être difficile, je dois admettre que les développeurs de Mobius Digital m’ont profondément impressionné en réussissant à concevoir un jeu non linéaire offrant une expérience unique à chaque joueur, tout en aboutissant à une conclusion (presque) unique. Il y a quelque chose de « voodoo magic » dans leur capacité à combiner toutes ces strates de découvertes, si riches, dans un monde ouvert « à taille humaine ». En termes de conception de jeu, il n’y a rien à redire : c’est une proposition audacieuse et quasi parfaite.
Voici un conseil pour ce jeu : n’hésitez pas à demander de l’aide. Il existe de nombreuses façons d’en recevoir sans divulgâcher l’intrigue. Et même se faire spoiler un élément n’est pas si grave ; en tout cas, c’est moins grave que de quitter le jeu totalement frustré.
La suite contient des spoilers, vous voilà prévenu·e·s.
Outer Wilds se distingue en étant l’opposé d’une certaine idée du jeu vidéo à succès.
— Il n’y a aucun élément de RPG : on n’améliore pas notre équipement et aucun objet n’est vraiment important ou nécessaire. On ne « farm » rien et notre personnage ne progresse jamais.
— Il y a des éléments qui se débloquent à la manière d’un Metroidvania : lorsqu’on recommence une boucle, hormis notre journal de bord, le monde est toujours le même. On ne débloque ni portes, ni passages, ni raccourcis (ce qui est d’ailleurs un peu pénible). Seul notre journal continue à se mettre à jour.
— Mis à part quelques achievements (étrange d’en voir dans ce genre de jeu, d'ailleurs), il n’y a peu d'intérêt à relancer le jeu. Quand on a compris la solution finale, eh bien, c’est une vérité que l’on ne peut pas vraiment oublier. Contrairement à la plupart des jeux vidéo qui cherchent à retenir les joueurs en ajoutant constamment du contenu, _Outer Wilds_ est une expérience « à usage unique ».
En y repensant, j’aurais adoré connaître ces éléments plus tôt : cela m’aurait clairement libéré l’esprit. En tant que joueur, on charrie inconsciemment des mécaniques de game design que l’on considère comme des acquis. Or, toute l’habileté d’_Outer Wilds_ tient dans une forme de déconstruction : ce n’est pas un RPG, ce n’est pas un Metroidvania, et ce n’est surtout pas un action-plateformer en vue FPS.
Je pense qu’il est bon de le comprendre assez vite pour ne pas rester extérieur au jeu. Mobius Digital a décidément pris un risque, et le fait d’avoir tenu bon fait qu’_Outer Wilds_ est un geste artistique fort, qui mérite pleinement son titre de 10/10 intemporel.