Une masterclass. Voilà ce que sont la première moitié de Resident Evil 9, et plus précisément ses deux premiers environnements : l'hôtel et l'hôpital psychiatrique. Capcom signe ici un retour aux sources viscéral, où la peur n'est jamais un effet de style mais une présence constante, presque physique. Les ailes est et ouest de l'hôpital affichent un level design d'une précision chirurgicale, peuplées de nouveaux ennemis dont les obsessions, éteindre les lumières, nettoyer chaque surface, instillent un malaise durable. De bonnes idées, vraiment.
Les boss marquent autant que les décors. Chunk, colosse omniprésent dans les couloirs de l'hôpital, est une menace permanente qu'on entend avant de voir. La fille, elle, évoque irrésistiblement le monstre du film Barbarian de Zach Cregger : une créature qui paralyse, qui coupe le souffle, qui oblige à retenir chaque geste. Ces séquences de terreur pure sont intelligemment entrecoupées de phases plus offensives, presque défoulantes, dans la lignée de Resident Evil 4. Le gameplay, lui, fait énormément plaisir et tient la barre tout au long de l'aventure.
Mais ce qui élève vraiment le jeu, ce sont ses personnages. Leon est d'un charisme indécent, il pèse dans chaque scène avec une présence rare dans le jeu vidéo. Grace, de son côté, est une révélation : elle a peur, et ça se voit. Elle tremble, elle hésite, elle réagit. Les développeurs ont poussé ce soin du détail jusqu'aux mains crispées sur l'arme. On ne l'accompagne pas, on la suit.
Puis vient Raccoon City, et le soufflé retombe un peu. Pas de catastrophe, quelques moments restent mémorables, notamment une séquence de marche sur les fenêtres franchement réussie, mais la ville souffre d'une direction artistique en retrait et de graphismes franchement décevants comparés à la splendeur léchée de l'hôpital. On sent Capcom en train de remplir, d'étirer. La fin rattrape heureusement le tout : moins spectaculaire que le début, elle reste solide et satisfaisante.
Des jeux couloirs aussi bien foutus, ça ne court plus les rues. Alors foncez.