Resident Evil Requiem est mon tout premier jeu de la saga RE. Oui, après 15 ans de jeux vidéo, je ne m'étais jamais laissé tenter par l'expérience. Pour un bien comme pour un mal, une telle longévité m'a souvent donné l'impression de devoir rattraper un train immense fait de narration complexe et de nostalgie. Le gameplay d'antan, surtout dans les premiers opus, ne m'encourageait pas non plus à franchir le pas. Pourtant, face à l'engouement général et aux quelques images de gameplay diffusées, on ne peut qu'être curieux. Et mon Dieu, la curiosité a parfois (souvent) du bon ! Cette critique sera donc rédigée du point de vue d'un total néophyte de la franchise.
Pour commencer, j'adore la manière dont Resident Evil refuse de se prendre complètement au sérieux. Sans aller jusqu'à l'absurde d'un Saints Row ou d'un Borderlands, RE9 est rempli de facilités scénaristiques, de répliques et de rebondissements dignes d'une bonne "série B", mais sans jamais briser l'immersion pour autant. C'est un savant mélange entre des enjeux dramatiques très sérieux et des protagonistes semblant tout droit sortis d'un film d'action des années 90, aussi charismatiques que caricaturaux. Leon en est l'incarnation parfaite : musclé, héroïque, prêt à prendre des risques inconsidérés pour sauver la demoiselle en détresse, excessivement bien équipé, toujours paré à coller de grosses bastos aux zombies, et achevant ses combats par des punchlines mythiques du style : "Bon, j'ai fait mon cardio pour la semaine". Ça fait un bien fou de voir un jeu assumer ses clichés jusqu'au bout tout en gardant une trame captivante. J'ai été attentif de bout en bout.
L'environnement et les graphismes furent également une superbe surprise. Dans la première moitié du jeu, la direction artistique est très inspirée et le RE Engine flatte la rétine à chaque instant. On peut s'arrêter dans chaque zone pour y observer une quantité incalculable de détails. Je pense notamment à l'une des premières missions avec Grace, dans l'hôtel Wrenwood : les décors sont détruits, à l'abandon depuis des années, on regarde le plafond d'où pend l'isolation, et on comprend immédiatement que la zone a été ravagée par les flammes. C'est terriblement efficace et réaliste. Tout ceci sert d'ailleurs le gameplay, puisque cette scène de tension est si silencieuse qu'on a vraiment l'impression d'y être.
En revanche, la seconde moitié du jeu est peut-être un cran en dessous, en particulier l'ARK. Cette zone dénote complètement avec l'ambiance crasseuse du début et fonctionne beaucoup moins bien. Se retrouver dans des environnements neufs, aux murs blancs et vides, est un peu dommage quand on voit ce dont le moteur du jeu est capable.
Côté gameplay, j'ai beaucoup apprécié la complémentarité entre Grace (FPS axée sur la tension et la prudence) et Leon (TPS orienté action et sentiment de puissance). La formule fonctionne parfaitement et je n'ai pas de préférence particulière. J'ai simplement trouvé le passage avec Grace dans le centre de soins un peu longuet et un poil trop exigeant sur la gestion de l'inventaire, mais passons, cela ne représente qu'une petite partie de l'aventure.
Les combats de boss m'ont laissé un sentiment mitigé. L'affrontement contre l’araignée ou le boss final ne m'ont pas franchement marqué, alors que les Lickers ou le "Fantôme de l’Ombre" m'ont véritablement flanqué la frousse. Globalement, on apprécie ce mix d'ambiances ; avec le recul, je crois que je me serais ennuyé avec un style de jeu unique.
En tant que nouveau joueur, je ne me suis pas senti perdu durant le voyage. Je suis probablement passé à côté de pas mal de clins d’œil ou de grands retours de personnages, et il me manque sans doute quelques clés de compréhension (c'est là qu'un petit flashback en début de jeu pour résumer le lore n'aurait pas été de refus). J'ai entendu dire que le titre faisait beaucoup de fan service, mais de mon côté, j'ai pu l'apprécier pour ce qu'il est intrinsèquement : un très solide jeu vidéo.
Concernant la dimension horrifique, j'ai été totalement conquis par la première moitié, avant que la peur ne s'estompe. Au début, on est faible, les mécaniques sont nouvelles, on ignore ce qui va nous sauter à la gorge, et la tension est à son comble. Puis, à mesure que l'on progresse, les screamers deviennent plus prévisibles, les ennemis effraient moins, et on baisse naturellement la garde. Est-ce un choix de conception des développeurs qui ont concentré l'horreur au début, ou bien l'évolution mécanique de notre prise en main qui nous rend plus confiants ? Je n'ai pas la réponse, mais quoi qu'il en soit, ces premières heures d'angoisse m'ont complètement eu.
Finissons comme toujours par le point technique : absolument rien à redire. J'ai fait tourner le jeu sur une configuration haut de gamme de 2024, avec tous les curseurs poussés à fond et le FSR 3.1.5 en mode Qualité. Je tournais globalement autour de 80-100 FPS, sans le moindre crash sur les 10 heures affichées à l'écran de fin. Pas de ralentissements, pas de tearing, pas de bugs ni de glitchs. Bref, du très, très solide.
J'attribue la note de 9/10 à ce Resident Evil 9. C'est une expérience maîtrisée, offrant une durée de vie idéale, des graphismes d'exception, une narration prenante et un gameplay redoutablement efficace. Tout cela me donne furieusement envie de découvrir le reste de la franchise. Bravo Capcom !