Excellent titre, ça me fatigue un peu les gens qui se plaignent et qui descendent le jeu gratuitement...Soit sur le gameplay, soit sur le message (qu'ils n'ont pas compris), soit sur le côté purement formel.
Niveau Gameplay c'est sûr que le jeu casse pas trois pattes et qu'il est faussement profond ou complexe, je n'ai par exemple pas compris l'utilité de la barre de santé mentale, en tout cas en mode de difficulté "histoire". Le gameplay est une souffrance, le personnage est lent, peu réactif, la barre d'endurance descends très vite (on peut l'améliorer par la suite), le lock est incertain, mais que voulez-vous, Silent Hill a toujours été une vraie torture à jouer et c'est voulu. Le jeu n'est pas fun à jouer ou à parcourir, c'est une torture, il enferme le joueur dans un univers malaisant, et son gameplay aux fraises accentue cet effet. Mais le système de combat lourd laissera place à quelque chose de beaucoup plus "jouissif" avec ce partie pris risqué conférer à votre personnages des attributs disons "bourrins", pour ne rien spoiler. Mine de rien c'est une petite respiration plus que bienvenue dans le jeu (et pas du tout gratuite en terme de cohérence scénaristique) qui aurait pu s'enfermer dans un système vraiment trop archaïque, basé notamment sur la dégradation des armes. Côté système le jeu peut se réjouir d'avoir aussi implémenté un système de customisation de personnages, à base d'objets à équiper et de capacités à augmenter via un petit système d'autel où Hinako pourra prier et faire des offrandes, encore une idée très bonne bien que sous exploitée à mon goût.
Niveau Scénario et message pour moi ce Silent Hill est un quasi sans faute. Je vois déjà les frustrés s'indigner de la portée féministe de ce dernier. Le contexte historique, la ville traitée, tout est absolument parfait, on nous décrit un petit village de campagne isolé, perdu dans ses croyances ancestrales, on nous dépeint avec une précision assez folle l'état d'esprit d'une jeune japonaise (Hinako) des années 60, obligée de se marier pour sauver sa famille, obligée de se sacrifier pour les siens, tiraillée entre la société archaïque et moderne. On nous décrit aussi parfaitement les relations entre les adolescents (filles garçons et filles entre elles), la cruauté dont ils peuvent faire preuve, entre deux sœurs, même si vous n'êtes pas féministes proclamés, vous ne pouvez nier que les femmes sont encore aujourd'hui dans pleins de pays victimes d'injustices, de chantages imposée par la société et ses mœurs, le mariage forcée est une réalité encore présente dans certains milieux, probablement toujours en France et certainement au Japon.
Mais le mari imposé est un mélange d'homme et de créature mythique, le renard (Kitsune), et cela nous permet de nous plonger totalement dans le folklore shintoïste japonais qui honore les animaux, objets, pierre, arbre..méconnus des kikou nipponophile.
L'exploration est assez bien exploitée et chaque objet ou décor ou documents vous plongera un peu plus dans l'ambiance, je reprocherais seulement que le centre ville d'Ebisugaoka (ses magasins, restaurant, habitants) soit si peu usité, en effet le jeu vous fera surtout explorer des lieux qui se trouvent en périphérie du village (maisons isolées collèges rizières etc), le cœur de ville étant toujours rushé à chacun de nos passages.
Le jeu vous demandera de refaire ce chemin de croix plusieurs fois pour comprendre totalement la psyché de Hinako qui va devoir prendre son destin en main en passant par plusieurs étapes comme le rejet, l'acceptation, etc...sans trop vous en dévoiler. C'est passionnant à suivre, très crédible, très documenté, et le jeu parvient totalement à fusionner la mythologie Silent Hill à cette nouvelle culture, à ce nouveau décor. D'ailleurs à ce propos, la rouille du monde démoniaque des Silent Hill classique laissent place à la beauté contrastée des fleurs de lycoris rouges, écarlatse, empoisonnées. La fleur symbolisant beaucoup de chose dans le jeu.
On reprochera tout de même un bestiaire en demi teinte, j'ai trouvé les monstres assez peu inspirés et surtout peu nombreux. Heureusement il y a des boss plutôt "sympathiques" qui amèneront un peu de challenge et de diversité dans les combats. Le jeu étant assez court, il se refait quatre fois sans soucis, sachant que vos runs seront toujours un peu différentes en fonction des fins que vous essayez de compléter. Même certaines cinématiques changeront légèrement, les documents que vous récupérerez tout le long de votre partie changeront aussi, vous dévoilant progressivement toutes l'histoire de Ebisugaoka (le village perdu), de Hinako et de sa bandes d'"amis".
Silent Hill F est donc un jeu d'ambiance incroyable, très joli au demeurant, bénéficiant d'un très beau cadre et graphismes, de la bourgade japonaise perdue dans la montagne aux temples shinto, le sound design est également parfait, avec des pistes lancinantes, grinçantes, se servant parfaitement de l'héritage de la musique "Gagaku". Mais attention, ce n'est pas un jeu amusant, fun à jouer, c'est un Silent Hill dans son jus, lourd, rigide, sans armes à feu, avec des ennemis imprévisibles, des jump scars plus ou moins contrôlés (avec cette caméra et ce lock incertains). C'est presque une œuvre d'art retranscrite en jeu vidéo qui vous invite à vous glisser dans la peau d'une étudiante japonaise de campagne des années 60, seule face à sa condition, son destin, ses choix, ses doutes, ses peurs...se payant le luxe d'ouvrir la voix pour les futures épisodes car il ne faut pas oublier l'aspect mercantile.