A l'heure où la mode est à offrir à nos parents / grands-parents ces petits livres dans lesquels ils puissent nous conter leurs histoires, leurs vies, What remains of Edith Finch nous offre le livre de famille le plus dramatique et dérangeant qu'on puisse recevoir au pied du sapin de noël.
La découverte de What remains of Edith Finch en automne, lorsqu'il commence doucement à faire nuit vers 17h, que l'ambiance est au thé et à regarder le ciel gris par la fenêtre, ça a été une petite expérience que je n'aurais pas imaginé si réussie.
Comme souvent quand on découvre un jeu sorti depuis des années, on s'en est créé une image mentale se rattachant aux quelques infos prises par ci par la sur le jeu, l'effort de ne pas se spoiler jonglant avec l'envie d'en savoir suffisamment pour maintenir la frustration de ne toujours pas l'avoir lancé. Alors forcément quand on voit un énième discount Steam, on se dit que ça y est il faut se jeter les deux pieds dedans et voir si l'idée qu'on s'en faisait colle finalement à ce qu'on a devant les yeux.
L'idée que je m'en faisait : ça va être un jeu très narratif, peut être sous la forme d'une enquête sur ses origines familiales et la compréhension de sa propre place au milieu de tout cela.
L'idée après avoir terminé le jeu : What remains of Edith Finch m'a proposé parmi les passages de narration les plus originaux et hypnotiques que j'ai pu voir dans un jeu, on est pas vraiment sur une enquête mais davantage sur une recherche anthropologique des membres de notre famille, tirant vers une forme de rubrique nécrologique qui émeut / fait presque un peu rire parfois.
J'ai vu un certain nombre de reproches adressées au jeu, parmi lesquels ce dernier ne donnerait aucune liberté au joueur pour explorer le manoir familial des Finch et finalement ne serait qu'un semblant de jeu vidéo tant il passerait à côté de son gameplay. Et bien tout cela me va très bien, un grand merci à Giant Sparrow de me prendre par la main et de me faire découvrir comme ils l'ont travaillé, l'histoire tragique de cette famille.
Ça m'est égal de ne pas être maître de la manière dont je vais moi même percer à jour les mystères des descendants de notre héroïne, parce que je n'ai pas eu le sentiment que le jeu me faisait miroiter cela. Alors c'est vrai qu'au début de l'aventure on est tout de même lâcher aux abords du manoir et que l'on se sent libre de l'aborder de la manière dont cela nous semble le plus opportun, mais on sent très vite une fois à l'intérieur que les rails de la narration se déploient sous nos pieds et nous guident tranquillement de pièce en pièce.
Chacun y trouvera son compte ou non, moi je suis assez preneur de ce contrôle de liberté car j'y gagne la sérénité d'esprit de ne pas pouvoir me perdre, de ne pas avoir a tourner 30 minutes à la recherche d'un bout de lore me permettant de comprendre l'histoire.
La contrepartie à ce game design qui nous oriente précisément là ou il le souhaite, c'est la maîtrise des éléments narratifs qui viennent sublimer notre petit voyage dans le manoir. A chaque histoire familial raconter, son mode de narration particulier et à chaque fois différents, avec une super recherche d'originalité, qui plus est pour que cela se termine à chaque fois par une mort sans que cela en devienne pour autant redondant. Tantôt notre personnage vit les événements à la première personne et à travers les yeux de son aïeul, tantôt l'on se retrouve embarqué dans une histoire animée façon cartoon. On y joue une fois la tempête qui s'abat sur la famille, puis ensuite le bateau fantastique qui s'éloigne de la réalité comme notre défunt grand frère... Autant de mises en scène qui sont très difficile à retranscrire avec des mots, tant le jeu fait appelle à nos sens et à notre ressenti parfois quasi hypnotique, nous conduisant sans difficulté à participer en tant que joueur à la mise à mort des membres de la famille de notre héroïne.
Le jeu ne tombe jamais dans le glauque, jamais dans l'horreur de vivre la disparition tragique d'une famille. Au contraire, chaque conte s’attachant à rendre honneur à la singularité de chaque membre, ainsi qu'à l'originalité du bout de vie qu'il a traversé. C'est très souvent touchant, bien que j'aurais aimé ressentir davantage les sentiments de notre Edith face à tout cela.
Le jeu ne nous livre aucune clé de compréhension face à cette malédiction et à ces morts en série chez les Finch, il nous oblige simplement à constater, témoin extérieur sans emprise, et à les accepter. On pourrait lui reprocher de ne pas donner aux joueurs plus à comprendre et à découvrir, il n'y pas de plot twist, pas de happy ending, pas de moment eurêka dans lequel on se dise qu'on a compris ce qu'il se passait chez cette famille. Le jeu se termine tout aussi tragiquement qu'il se déroule, ça peut surprendre mais si on a compris le sens de l'histoire, ça semble en fait tout à fait normal voir c'était attendu. Ça n'en reste pas moins triste et touchant.