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120 livres

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modifiée il y a 7 mois

Thésée - Romulus • Lycurgue - Numa

Thésée - Romulus • Lycurgue - Numa

Vies, tome I

Sortie : 1 janvier 1964 (France).

livre de Plutarque

Clément Nosferalis a mis 9/10.

Annotation :

Terminé le 1er janvier.
Début de ma lecture des "Vies Parallèles". Arriverai-je au bout des 2300 pages de l'édition Quarto/Gallimard ? Peut-être, peut-être pas. Je mets ici un premier bout de l'ouvrage dans ce nouveau journal annuel, pour poser des jalons.
Beaucoup se comprend en lisant Plutarque. Montaigne, par exemple, devient tout d'un coup lumineux. La vie de Lycurgue fut, de même, une des sources d'inspiration principales des Lumières, puis des révolutionnaires de 1789, puis 1792. La réflexion de Plutarque est en effet centralement politique et philosophique, en plus d'un intérêt historique certain -je veux dire, en tant que connaissance de la manière dont les Grecs percevaient eux-mêmes le monde dit "gréco-latin". Les classiques y voyaient l'ouvrage essentiel pour toute éducation. Certes, nous sommes dans un autre civilisation (que celle des siècles dits "classiques", 16e-18e), mais retourner à cette source est une nécessité pour quiconque veut comprendre ces siècles passés. Comme dans toute lecture antique, on a le sentiment de lire d'où l'on vient.
Ces quatre premières vies sont des récits des origines. Les quatre héros mentionnés ressortissent au mythe. Plutarque est déjà dans la critique rationnelle de ces mythes, ce qui redouble le plaisir : d'abord le plaisir du beau récit mythique, et ensuite le plaisir de son herméneutique. Cela rend le texte plus qu'agréable à la lecture.

Les Choéphores
7.5

Les Choéphores

Théâtre

livre de Eschyle

Clément Nosferalis a mis 9/10.

Résumé : 2e partie de la trilogie "L'Orestie"

Annotation :

Terminé le 5 janvier.
Je reprends une longue réflexion sur le personnage d'Oreste. Il est, en effet, dans le grand public, bien moins renommé que plusieurs autres : Oedipe, Antigone, et même Electre, qui donne souvent son nom à la pièce dont Oreste est le personnage central.
On a pourtant là le canevas majeur de la scénographie de la vengeance. Toute réflexion sur la notion de vengeance passe par Oreste ; par extension, toute réflexion sur la justice est enrichie par un travail sur l'acte d'Oreste et le procès qui s'ensuit.
Chez Eschyle, l'action est particulièrement ramassée. La décision, l'hésitation puis la folie d'Oreste passent de manière très concise, sans développement pathétique ; cela rend la violence de l'ensemble plus frappant. Electre se trouve mise entièrement au second plan, d'ailleurs, chez Eschyle, elle ne donne pas son nom à la pièce. L'essentiel est la question du destin : Apollon dicte à Oreste de tuer Clytemnestre, mais cet oracle détruit celui qui doit commettre l'acte. Oreste assume son destin, mais son destin est trop grand pour lui-même.
Et, évidemment, comme toujours dans le théâtre grec, l'essentiel se trouve dans le lyrisme du Choeur.

Rêves de femmes
7

Rêves de femmes

Six nouvelles

Recueil de nouvelles

livre de Virginia Woolf

Clément Nosferalis a mis 8/10.

Résumé : Ces six courtes nouvelles, qui s’étendent sur toute la carrière de Virginia Woolf, condensent tout son génie littéraire. Avec une absolue liberté d’écrire, allant à l’essentiel, elle revendique l’autonomie morale, affective et sociale des femmes, et affirme leur droit à désirer. Pour elle le désir est un "moment d’être" : une expérience sensorielle totale, qu’elle saisit dans une écriture impressionniste. Il en résulte une atmosphère de rêverie langoureuse, de sensibilité érotique qui englobe tout, les êtres, les paysages et le temps. Woolf capture ici superbement l’intimité des femmes entre elles, qui s’affirment comme sujets pensants et désirants.

Annotation :

Terminé le 7 janvier.
Je continue à tourner autour de Virginia Woolf. J'adore ses articles, ses nouvelles ; je poursuis donc avec ce recueil d'un article et de six nouvelles. Bientôt, il faudra que je me lance plus profondément dans ses romans, mais le courage m'a manqué, excepté pour "Mrs Dalloway" et "Vers le phare" ("Les Vagues" est en cours).
La nouvelle "Une Société" est un immense chef-d’œuvre ; tout le monde devrait la lire à l'école. Tout le recueil tourne autour (avec Woolf, tout "tourne autour") des relations hommes-femmes ; cette nouvelle-ci est le cœur circulaire du propos.
Dans ces textes courts, Woolf utilise de manière virtuose sa manière de faire s'entrechoquer actions, descriptions, pensées, rêveries et rêves. Je pense qu'il s'agit d'une excellente porte d'entrée dans son œuvre. Ensuite, lisez ses romans.

L'Empreinte de l'ange
7.6

L'Empreinte de l'ange

Sortie : 1998 (France). Roman

livre de Nancy Huston

Clément Nosferalis a mis 7/10.

Résumé : Paris, 1957. Saffie, vingt ans, arrive d'Allemagne. Rien ne semble lui donner l'envie de profiter de la vie. Elle s'éveille pourtant lorsqu'elle rencontre András, un juif hongrois émigré lui aussi. Ensemble, ils font face aux souvenirs, aux traumatismes que la guerre leur a fait subir à l'un comme à l'autre. Ce roman questionne l'Histoire, celle du passé, celle à venir, qui en découle. Il montre comment elle imprègne nos vies, sans distinction, sans récompense, et nous pousse subrepticement à toujours rester sur nos gardes.

Annotation :

Terminé le 10 janvier.
Difficile de dire si j'ai aimé ou non (c'est la deuxième fois que cela m'arrive avec Nancy Huston). Le livre n'est ni ambitieux, ni vraiment humble, puisqu'il s'agit d'interroger les séquelles de la Shoah, à Paris, au moment de la guerre d'Algérie. Avec, comme toujours, la question de la maternité, qui hante Huston. Sa narration est moins plate que dans "La Virevolte", avec de nombreuses interventions intradiégétiques ; mais elle se refuse par ailleurs à une certaine virtuosité syntaxique, comme au style ancien (elle n'est donc ni durassienne, ni yourcenarienne, ce qui prouve qu'elle est autrice par elle-même, avec son propre style). Elle trouve sa voie par une porte étroite, dont on ne sait cependant où elle mène. C'est en tout cas agréable à lire.

Les Euménides
7.3

Les Euménides (-458)

Εὐμενίδες

Théâtre

livre de Eschyle

Clément Nosferalis a mis 6/10.

Résumé : 3e partie de la trilogie "L'Orestie"

Annotation :

Terminé le 14 janvier.
A ce jour la pièce d'Eschyle que j'apprécie le moins. Après la grande virtuosité qu'est la pièce Les Choéphores, cœur du cycle de L'Orestie, on retombe ici sur un procès quelque peu plat, où Oreste est entièrement au second plan, pour laisser place au mythe fondateur de l'Aéropage, et à une "domestication", assez plate également, des Euménides elle-même. Rien à voir avec la grandeur de la pièce intitulée "Oreste" chez Euripide, qui sur le même sujet fait beaucoup plus profonde.

Le Général de l'armée morte
7.5

Le Général de l'armée morte

Sortie : 1963 (France). Roman

livre de Ismaïl Kadaré

Clément Nosferalis a mis 7/10.

Résumé : Une enclave hors du temps noyée sous la pluie, le brouillard ou la neige : l'Albanie, cette terre étrangère où la boue se mêle aux souvenirs. Un général en charge d'une mission aussi étrange que lugubre : déterrer les squelettes des soldats morts sur le sol albanais pour les restituer à leur famille. En somme, donner à ces valeureux soldats une digne sépulture, rendre les morts à la terre qui les a vus naître, représente pour le général une tâche honorable dont il cherche à s'acquitter avec zèle et fierté. L'appréhension ou la crainte ne sont jamais loin toutefois, l'ombre menaçante des montagnes, la terre boueuse ou gelée qu'il faudra retourner, tout évoque l'inhospitalité. Pourtant si le général devine une contrée aride et noire, il ne perçoit pas encore qu'elle a façonné ce peuple au destin tragique, pétri d'une haine silencieuse pour ses anciens ennemis. Tout au long de ce voyage initiatique, perdant peu à peu sa superbe de militaire et jusqu'à la déchéance, le général finira plus vaincu, plus mort encore que cette armée de squelettes ensevelis. --Lenaïc Gravis et Jocelyn Blériot

Annotation :

Terminé le 22 janvier.
Je m'attendais à mieux. Le livre est certes bien écrit, intéressant, contient quelques scènes saisissantes (le dialogue final avec le lieutenant-général manchot, certaines discussions avec le prêtre) ; l'ensemble subtil, sans grand éclat, avance avec sérénité, entouré d'une aura de malaise. Pourquoi, alors, n'ai-je pas entièrement apprécié ? C'est peut-être que la réalité matérielle à laquelle s'attache Kadaré, chez qui les lectures symboliques sont rejetées, reste assez plate. A chaque moment où un mort était déterré, je me disais : sur un tel passage, Làszlo Krasnahorkai en aurait fait une merveille. La comparaison paraître sans doute peu appropriée, mais c'est ainsi qu'elle se présente à mon esprit : deux auteurs pour qui l'essentiel est l'angoisse de la matérialité, les infinies paperasseries, les tracasseries administratives qui prennent tant de temps, tant d'énergie, alors qu'on a une œuvre à construire (ici : une armée de morts à déterrer), et, chez Krasnahorkai, un souci de la description précise qui confine à l'absurde, et fait entrer dans chaque recoin de la matérialité, pour ensuite nous en sortir par une lecture symbolique, rendue possible, justement, par la richesse terrifiante des détails. Chez Kadaré, la matérialité ne fait pas entrer dans le détail : la description reste en surface. Les dialogues sont de même. Certes, le propos amène à des lourdes réflexions (la guerre, la nation albanaise ...), sans néanmoins que l'écriture y joue un rôle essentiel. Les quelques ruptures de la narration, donnant lieu à quelques passages d'arrêt, ébauches de lyrisme, étaient prometteurs au début, mais n'aboutissent à pas grand-chose. C'est dommage, mais cela donne néanmoins envie de lire d'autres livres du même auteur. (La comparaison paraîtra encore plus étrange, mais : j'ai finalement le même ressenti sur Kadaré que sur Nancy Huston.)

Les Belles Images
7.5

Les Belles Images (1966)

Sortie : 1966 (France). Roman

livre de Simone de Beauvoir

Clément Nosferalis a mis 8/10.

Résumé : « "Non" ; elle a crié tout haut. Pas Catherine. Je ne permettrai pas qu'on lui fasse ce qu'on m'a fait. Qu'a-t-on fait de moi ? Cette femme qui n'aime personne, insensible aux beautés du monde, incapable même de pleurer, cette femme que je vomis. Catherine : au contraire lui ouvrir les yeux tout de suite et peut-être un rayon de lumière filtrera jusqu'à elle, peut-être elle s'en sortira De quoi ? De cette nuit. De l'ignorance, de l'indifférence. »

Annotation :

Terminé le 28 janvier.
C'est un roman tout à fait étonnant, avec une narration bigarrée, de multiples ruptures, changements de narrateurs, discours indirects libres, phrases courtes puis très longues, comme si Beauvoir, après le style "oral" des "Mandarins", puis le "beau style" des Mémoires, s'essayait ici à un once de faulknérisme (mais certes pas aussi violemment déconstruit et créateur d'étrangeté).
Le livre aurait s'appeler "la femme de quarante ans", si Beauvoir avait voulu faire une référence directe à Balzac. Laurence a la quarantaine, elle travaille dans le pub, son mari l'ennuie, son amant ne l'amuse plus, sa fille aînée commence sa crise d'adolescence, sa mère se fait plaquer par son propre amant ; et Laurence, toujours, semble voir crever son cocon bourgeois pour laisser place à son propre vide intérieur, mais aussi à la vision de l'actualité horrible du monde. Il n'y a pas vraiment de péripétie centrale, on navigue ici et là ; mais le style de Beauvoir rend cela bien plus aigu que la prose de Sagan. Le rythme rapide fait qu'on n'a jamais l'impression que le vide bourgeois s'installe dans la narration : l'ensemble des perceptions de Laurence arrive à chaque fois par paquets, par dizaines, comme c'est le cas dans la vie réelle. On est donc dans un entre-deux, sorte de synthèse entre le Nouveau roman et les narrations à l'ancienne pour décrire le monde bourgeois. La réussite est certaine.

La Vouivre
7.5

La Vouivre (1941)

Sortie : 1941 (France). Roman

livre de Marcel Aymé

Clément Nosferalis a mis 5/10.

Résumé : Derrière la vipère apparut une fille jeune, d'un corps robuste, d'une démarche fière. Vêtue d'une robe de lin blanc arrêtée au bas du genou, elle allait pieds nus et bras nus, la taille cambrée, à grands pas. Son profil bronzé avait un relief et une beauté un peu mâles. Sur ses cheveux très noirs relevés en couronne, était posée une double torsade en argent, figurant un mince serpent dont la tête, dressée, tenait en sa mâchoire une grosse pierre ovale, d'un rouge limpide. D'après les portraits qu'on lui en avait tracés et qu'il avait cru jusqu'alors de fantaisie, Arsène reconnut la Vouivre.

Annotation :

Terminé le 30 janvier.
Je n'ai pas pu comprendre ce livre, qui m'a laissé plus que froid. Aucune tension narrative n'y est palpable. En termes de moeurs rurales, on se croirait dans un Lamartine des mauvais jours, qui eût essayé de s'encanailler en ajoutant à sa pastorale un peu de sexualité et de violence à la Zola. L'atmosphère fantastique est creuse. Les personnages, creux également. Vraiment, je ne suis pas entré dedans.

Le Miracle Spinoza
6.4

Le Miracle Spinoza (2017)

Sortie : 8 novembre 2017 (France). Culture & société, Biographie, Philosophie

livre de Frédéric Lenoir

Clément Nosferalis a mis 5/10 et a écrit une critique.

Résumé : Banni de la communauté juive à 23 ans pour hérésie, Baruch Spinoza décide de consacrer sa vie à la philosophie. Son objectif ? Découvrir un bien véritable qui lui « procurerait pour l’éternité la jouissance d’une joie suprême et incessante ». Au cours des vingt années qui lui restent à vivre, Spinoza édifie une œuvre révolutionnaire. Comment cet homme a-t-il pu, en plein XVIIe siècle, être le précurseur des Lumières et de nos démocraties modernes ? Le pionnier d’une lecture historique et critique de la Bible ? Le fondateur de la psychologie des profondeurs ? L’initiateur de la philologie, de la sociologie et de l’éthologie ? Et surtout, l’inventeur d’une philosophie fondée sur le désir et la joie, qui bouleverse notre conception de Dieu, de la morale et du bonheur ? A bien des égards, Spinoza est non seulement très en avance sur son temps, mais aussi sur le nôtre. C’est ce que j’appelle le « miracle » Spinoza.

Annotation :

Terminé le 31 janvier.
Voir ma critique :
https://www.senscritique.com/livre/Le_Miracle_Spinoza/critique/240599126

La Promenade au phare
7.7

La Promenade au phare (1927)

(traduction Maurice Lanoire)

To the lighthouse

Sortie : 1929 (France). Roman

livre de Virginia Woolf

Clément Nosferalis a mis 10/10.

Résumé : Fera-t-il beau demain pour la promenade au phare ? Cette question plane sur la famille réunie un soir de mi-septembre dans la grande maison de vacances des îles Hébrides. Tout au long du livre s'insinue la pulsation de la mer. L'eau entrave les pensées. La vie se déverse et la mort surprend. Les années passent. La maison est abandonnée. Demeurent les petits miracles quotidiens, ces "allumettes inopinément frottées dans le noir". Ce sont eux qui donnent un sens aux choses, un mouvement à la vie.

Annotation :

Terminé le 10 février.
Virginia Woolf a ce don de laisser flotter, un moment, l'attention du lecteur, pour ensuite le saisir et le retourner. La première partie, je la trouvais belle, mais commençais à m'en lasser, quand soudain a surgi la deuxième ("Le temps passe"), qui est vraiment le moment impressionnant du livre, celui qui en fait un chef-d'œuvre. La troisième, enfin, laisse place à une retombée mélancolique et contemplative. Tout ce que j'aime, donc.

Les Aventures d'Oliver Twist
7.3

Les Aventures d'Oliver Twist (1839)

(traduction Sylvère Monod)

The Adventures of Oliver Twist

Sortie : 1839 (Royaume-Uni). Roman

livre de Charles Dickens

Clément Nosferalis a mis 7/10.

Résumé : Olivier Twist est un feuilleton criminel d’une noirceur concentrée. Un angélique orphelin échappe aux sévices que les institutions charitables de l’Angleterre victorienne réservent aux enfants abandonnés pour tomber dans les plus fangeux cloaques des bas-fonds londoniens. L’apprentissage précoce du vice et du crime y est de règle pour échapper à la misère et à la faim. On n’oubliera guère, après les avoir croisés, ni l’abominable Bumble ni le ténébreux Fagin, cette saisissante préfiguration des gibiers de bagne qui hanteront Les Misérables de Victor Hugo. Créations de l’imaginaire ? Ombres portées des terreurs et des cauchemars de l’enfance ? Peut-être. Toujours est-il que les contemporains y virent le reflet de la réalité. « Il n’y a pas tant de différence entre ce noir tableau de l’enfance et le tableau de l’usine par Karl Marx », remarque d’ailleurs le philosophe Alain. Il faut s’en souvenir à chaque page en découvrant Les Aventures d’Olivier Twist.

Annotation :

Terminé le 11 février.
Roman social et roman picaresque se transformant en conte mêlé de thriller : il y a quelque chose d'à la fois étrange et virtuose qui se trame au sein de ce roman tout à fait essentiel. Je ne suis pas sûr qu'il m'est immensément plu, mais en tout cas j'ai pris plaisir à le lire et à y trouver une source de beaucoup de manières que j'aime dans le roman plus tardif.

Ondine
7.6

Ondine (1939)

Sortie : 27 avril 1939. Théâtre

livre de Jean Giraudoux

Clément Nosferalis a mis 8/10.

Résumé : Ondine, la fille des eaux, confiante dans la puissance de l'amour qu'elle éprouve pour le chevalier Hans von Wittenstein zu Wittenstein, accepte le pacte du Roi des Ondins : Elle partira et vivra son amour humain, mais à quel prix ?

Annotation :

Terminé le 12 février.
Relu pour travail dessus avec ma classe de Secondes.
Giraudoux est toujours un plaisir. Cette pièce, dans le mélange des genres et des registres, est pour moi de qualité équivalente à "Cyrano de Bergerac", ce qui ne la place certes pas parmi mes toutes préférées, mais tout de même.

L'Étranger
7.7

L'Étranger (1942)

Sortie : 19 mai 1942. Roman

livre de Albert Camus

Clément Nosferalis a mis 9/10.

Résumé : Sur une plage algérienne, Meursault a tué un Arabe. À cause du soleil, dira-t-il, parce qu'il faisait chaud. Comment peut-il être si indifférent ?

Annotation :

Terminé le 14 février.
Nouvelle relecture pour séquence avec mes Secondes.
C'est toujours un plaisir.
Ce qui fait de "L'Etranger", en plus d'un grand roman, un inusable classique scolaire, c'est sa structure double : d'abord les événements (première partie), et ensuite un retour réflexif sur ces événements lors du procès (deuxième partie). Le jugement est omniprésent, mais rendu partout impossible (narration interne, distance avec les paroles du procureur, etc.) Excellent pour aborder les valeurs possibles d'une œuvre littéraire. Hâte de travailler dessus avec les élèves.

Sphère
7

Sphère

suivi de Carnac

Sortie : 10 novembre 1977 (France).

livre de Eugène Guillevic

Clément Nosferalis a mis 6/10.

Annotation :

Terminé le 23 février.
Je ne suis jamais entré dans Guillevic. Cela doit être mon troisième essai, et c'est encore un échec. Les vers me passent dessus comme l'eau sur le rocher. Ici, on a tantôt du mauvais Ponge ("Choses"), tantôt du mauvais Bonnefoy ("Conscience"), tantôt du mauvais Aragon ("Chansons") ; avec, de temps en temps, au milieu de chaque poème, une fulgurance qui rappelle le René Char des mauvais jours.

J'abuse peut-être, en tout cas :

"J'ai besoin d'être dur,
Et durable avec toi,

Contre tout l'ennemi
Que ta surface arrête,

Besoin que nous soyons
Complices dans la veille

Et la nuit passera
Sans pouvoir nous réduire."

("Rocher")

C'est mon poème préféré du recueil. Il est passable.

Thésée universel
7.2

Thésée universel (1993)

A Théseus-általános

Sortie : 21 avril 2011 (France). Roman

livre de László Krasznahorkai

Clément Nosferalis a mis 8/10.

Résumé : Devant un mystérieux auditoire, un orateur livre des vues saisissantes sur la condition humaine. Évoluant dans un univers à la fois réel et étrange, repoussant ses propres limites et celles du langage aux confins de l’hallucination, il entraîne, par ses assauts répétés, le lecteur dans une troublante confrontation avec les lois de l’imagination. Utilisant le mode narratif du discours, László Krasznahorkai explore dans cette fiction composée de trois mouvements des thèmes fondateurs de la littérature : la tristesse, la révolte, la possession. Face à l’escalade de la peur et du mépris, tel un anatomiste de l’apocalypse des désirs, il tisse une trame burlesque et acérée où l’invention jubilatoire se conjugue aux effets les plus périlleux.

Annotation :

Terminé le 5 mars.
C'est un petit Krasnahorkai, avec moins d'ambition que ses grands chefs-d’œuvre ("Tango de Satan", "La Mélancolie de la résistance", "Guerre et guerre", "Seiobo est descendue sur terre"), plus proche de "Au Nord par une montagne ..." Trois discours, avec une situation énonciative incertaine, et à l'intérieur quelques petites histoires : un retour sur l'histoire de la baleine dans "La Mélancolie de la résistance" (cité explicitement), l'histoire du clochard qui pisse sur les rails du métro, la femme qui envoie un télégramme. Comme tout Krasnahorkai, c'est tout à fait agréable à lire, cela amène à une sorte de sérénité négative, bien plus puissante que le sourire mauvais qu'on trouve chez Cioran.

Le Côté de Guermantes
8.5

Le Côté de Guermantes (1921)

À la recherche du temps perdu / 3

Sortie : 1921 (France). Roman

livre de Marcel Proust

Clément Nosferalis a mis 8/10.

Annotation :

Terminé le 6 mars.
De l'aveu même des proustiens, celui-ci est le plus interminable. Les plus enthousiastes y voient une phase de transition nécessaire : le narrateur passe de l'adolescence à l'âge adulte. Ses rites de passage : l'amitié avec Saint-Loup, les prises de conscience esthétique (notamment avec la Berma), la désillusion amoureuse envers la duchesse de Guermantes, la découverte de la mort avec celle de sa grand-mère, de la maladie avec celle de Swann, de la politique avec l'affaire Dreyfus. Chaque page est évidemment magnifique, on a un long chapelet de beaux morceaux. L'irritation commence à naître (ce sera bien pire dans "La Prisonnière", qui est la deuxième grande faiblesse de La Recherche) avec l'obsession du narrateur : retour sur les mêmes pensées, besoin d'éplucher le réel, de le décomposer et d'y trouver d'innombrables symboliques et découvertes psychologiques. Cela se voit pas l'aspect redondant des deux parties : le retour chez Mme de Villeparisis (p.360 dans mon édition) m'a fait pousser un soupir ; de même la retrouvaille avec les amis de Saint-Loup, la deuxième visite d'Albertine : tout le livre est basé sur la répétition ; c'est, de fait, un beau principe littéraire, montrant avec richesse la différence entre les deux rencontres (première et deuxième vision de la Berma, première et deuxième soirée chez Villeparisis, première et deuxième rencontre avec Saint-Loup, Albertine, Charlus) mais, chez un lecteur moins bénévolent, cela provoque aussi de la lassitude. "Moins bénévolent", je l'étais, et ce pour des raisons matérielles : lire Proust quand on travaille et qu'on a une famille est une activité difficile. La longueur et la préciosité de l'ouvrage demandent d'y consacrer tout son esprit, de se concentrer sur ce fin divertissement ; on peut difficilement le faire en devant se rendre disponible pour d'autres tâches. Ne peut-on aimer cet ouvrage que lorsqu'on est aussi oisif que le narrateur ? Triste question, mais je me la suis posée. Ou alors, autre possibilité : je n'aime pas Proust. Malgré toute l'indéniable qualité littéraire (expression euphémistique pour parler de la virtuosité de l'ensemble), je n'y trouve pas grand-chose qui me nourrisse. Simple histoire de complexion, donc, de "goûts et de couleurs" ? Nouvelle question triste. En tout cas, c'est ainsi : malgré toute sa bonne volonté, on passe parfois à côté de ce qu'on pense devoir être un chef-d’œuvre, de ce qu'on sait l'être ; mais cela donne la rage de lire autre chose.

La Remontée des cendres
7.5

La Remontée des cendres (1991)

Suivi de Non identifiés

Sortie : 1991. Poésie

livre de Tahar Ben Jelloun

Clément Nosferalis a mis 6/10.

Résumé : "Il est une douleur millénaire qui rend notre souffle dérisoire. Le poète est celui qui risque les mots. Il les dépose pour pouvoir respirer. Cela ne rend pas ses nuits plus paisibles. Nommer la blessure, redonner un nom au visage annulé par la flamme, dire, faire et défaire les rives du silence, voilà ce que lui dicte sa conscience. Il doit cerner l'impuissance de la parole face à l'extrême brutalité de l'histoire, face à la détresse de ceux qui n'ont plus rien, pas même la raison pour survivre et oublier." avec une version arabe

Annotation :

Terminé le 7 mars.
C'est un beau livre, en édition bilingue : la calligraphie arabe, que je ne sais pas lire, m'a toujours paru, depuis mon exposé de 5e sur la poésie arabe, d'une grande beauté mystérieuse (le même sentiment m'étreint pour les calligraphies chinoises et japonaises, mais pas, à ce jour, pour d'autres modes d'écriture). Les dessins sont également très beaux. Le contenu, quant à lui, était nécessaire : un livre sur les "dommages collatéraux", les civils tués lors de la première intervention américaine en Irak. Les "tombeaux" ont toujours été les poèmes les plus nécessaires et les plus puissants, depuis les hymnes grecs jusqu'à Ben Jelloun, en passant par les poètes baroques ou Paul Celan. Cependant, en termes purement poétiques, je ne peux m'empêcher d'y voir une pâle copie de Mahmoud Darwich, certes l'un de mes poètes préférés, mais dont j'ai toujours peu apprécié les imitateurs (Laâbi encore plus de Ben Jelloun). Le lyrisme facile, le "nous" omniprésent, les grandes sentences, ne me plaisent plus autant qu'à mes 17 ans, époque à laquelle j'aurais peut-être adoré ce livre. En conséquence, cela paraîtra étrange, mais voici mon avis : c'est un livre qu'on doit avoir chez soi, mais qu'on peut difficilement admirer.

Professeurs de désespoir
7.6

Professeurs de désespoir

Sortie : octobre 2005 (France). Roman

livre de Nancy Huston

Clément Nosferalis a mis 8/10 et a écrit une critique.

Résumé : "Nous devenons schizos, mes amis. Dans le quotidien, nous tenons les uns aux autres, suivons l'actualité avec inquiétude, faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour préserver et renforcer les liens. En tant que lecteurs ou spectateurs, au contraire, nous encensons les chantres du néant, prônons une sexualité aussi exhibitionniste que stérile, et écoutons en boucle la litanie des turpitudes humaines. A quoi est dû cet écart grandissant, à l'orée du XXIe siècle, entre ce que nous avons envie de vivre (solidarité-générosité-démocratie) et ce que nous avons envie de consommer comme culture (transgression-violence-solitude-désespoir) ? " L'homme est bon et mauvais, disait George Sand. Mais il est quelque chose encore : la nuance, la nuance qui est pour moi le but de l'art. " La littérature contemporaine aurait-elle renoncé, à ce but-là ?" Nancy Huston

Annotation :

Terminé le 11 mars.
J'avais déjà feuilleté ce livre il y a un bon moment ; je le reprends des années de lectures plus tard, à un moment où, désormais, les auteurs travaillés ici par Nancy Huston me sont pour la plupart connus, et pour la plupart parmi mes préférés, sans que je partage l'ensemble de leurs points de vue. Je me retrouve donc dans la même position que l'autrice : ce sont des auteurs que j'adore, qui ont participé activement à ma formation intellectuelle (comme Huston, les néantistes ont été mes lectures préférées entre 17 et 23 ans ... je lisais "De l'inconvénient d'être né" au-dessus du berceau de ma fille). Huston règle donc ses comptes avec sa bibliothèque, ce qui est l'activité intellectuelle la plus réjouissante du monde.
Deux choses sont frappantes et ont souvent déplu à d'autres lecteurs :
- le détour de la "déesse Suzy", donnant lieu à des dialogues parfois étranges. Cela m'a étonné au début, je n'appréciais pas. Mais, par la suite, je me suis demandé : le livre serait-il meilleur sans ? La réponse est non. Ces dialogues rompent ce qui pourrait être la monotonie de l'essai et des biographies.
- la méthode biographique. Le livre nous propose d'abord une galerie de portraits, sur le mode des "vies parallèles". Adorant personnellement le genre littéraire des vies parallèles, cela m'a conquis. Cependant, Huston semble réduire les auteurs à des troubles biographiques, dont leurs œuvres seraient l'émanation. Je comprends qu'on accepte mal ce principe. Il a cependant une vertu ironique et polémique : il fait tomber de leur piédestal des auteurs dont la métaphysique n'est finalement d'un intérêt que médiocre, et les ramène eux-mêmes dans le "corps" qu'ils prétendent mépriser, en particulier celui des femmes.
Le dernier élément qui pourra déplaire est l'aspect "féministe" du livre, ou plutôt l'instance sur le rapport des auteurs aux femmes, et à la posture de l'autrice comme opposante féminine aux auteurs "génophobes" et misogynes. Mais cela, c'est à chacun d'en juger selon son âme politique. Dans tous les cas, c'est un bon livre.

Le Rocher de Tanios
7.7

Le Rocher de Tanios

Sortie : 8 septembre 1993 (France). Roman

livre de Amin Maalouf

Clément Nosferalis a mis 8/10.

Résumé : "Le destin passe et repasse à travers nous, comme l'aiguille du cordonnier à travers le cuir qu'il façonne." Pour Tanios, enfant des montagnes libanaises, le destin se marque d'abord dans le mystère qui entoure sa naissance : fils de la trop belle Lamia, des murmures courent le pays sur l'identité de son vrai père. Le destin passera de nouveau, dans ces années 1830 où l'Empire ottoman, l'Egypte, l'Angleterre se disputent ce pays promis aux déchirements, le jour où l'assassinat d'un chef religieux contraindra Tanios à l'exil... Mêlant l'histoire et la légende, la sagesse et la folie des hommes, le romancier de Léon l'Africain et du Premier Siècle après Béatrice nous entraîne dans un prodigieux voyage romanesque qui lui a valu le prix Goncourt 1993. Un merveilleux conteur. Terre bénie de Dieu, mais hostile aux hommes de bonne volonté, le Liban de Tanios est un mélange d'eau de fleurs d'oranger et d'odeur de poudre. En lisant Le Rocher de Tanios, un Orient se rapproche.

Annotation :

Terminé le 13 mars.
Ce roman est très conventionnel, mais très bon. "Académique", pourrait-on dire, et d'ailleurs écrit une vingtaine d'années avant l'entrée de l'auteur à l'Académie française, et couronné du Prix Goncourt. Cela parvient néanmoins à attirer tout lecteur, même celui qui comme moi a ses amours d'abord chez les esthètes de la forme et/ou de la déconstruction du langage. Pourquoi donc ? Parce que, déjà, le "beau style" est mené de bout en bout, sans faute de goût, comme on peut en trouver chez François Cheng, ou dans l'Andréi Makine des mauvais jours (pour comparer avec d'autres académiciens). Aussi, vraisemblablement, parce que l'histoire se situe au Proche-Orient, et met en scène des tensions géopolitiques (autour de 1835-1840) qui sont généralement peu connues en France (bien que la France y ait été violemment impliquée) et suscitent donc notre curiosité. Tous les ingrédients du bon roman sont réunis : l'amour impossible (et même deux amours impossibles successifs), le problème de la filiation et de l'adultère, le jeune homme issu d'une famille de second ordre qui se trouve jouer un rôle essentiel dans la guerre entre l'Egypte et l'Empire ottoman, l'aspect de conte, le récit initiatique, etc. Maalouf réunit tout cela sans que cela ne paraisse pourtant éculé, ou vu et revu. Classique et impeccable, donc.

Le Brave Soldat Chvéïk
7.5

Le Brave Soldat Chvéïk (1921)

(traduction Henry Horejsi)

Osudy dobrého vojáka Švejka za svetové války

Sortie : 1932 (France). Roman

livre de Jaroslav Hašek

Clément Nosferalis a mis 8/10.

Résumé : Le brave soldat Chvéïk (Dobrý voják Švejk) est un roman satirique inachevé de l'écrivain tchèque Jaroslav Hašek (1883-1923), publié en quatre tomes de 1921 à 1923. Les trois premiers tomes sont intégralement de l'auteur, tandis que le quatrième a dû être achevé après sa mort par son ami Karel Vanek. L'œuvre relate sur le mode de l'absurde et du grotesque les pérégrinations de Josef Chvéïk, brave Tchèque de Prague vivant à l'époque de la Grande Guerre, sous la domination austro-hongroise.

Annotation :

Terminé le 20 mars.
C'est un grand livre, "le" classique de la littérature tchèque, et donc tout le monde devrait le lire. Il y a du Quichotte et du Candide chez lui, le tout au moment de l'effondrement de l'empire austro-hongrois. Joyeux, drôle, sympathique. Une petite longueur au moment du travail chez l'aumônier m'a quelque peu ennuyé, mais sinon rien à redire.

Mea Culpa
7.9

Mea Culpa (1936)

Sortie : 28 décembre 1936. Essai

livre de Louis-Ferdinand Céline

Clément Nosferalis a mis 6/10.

Résumé : Mea Culpa est édité en 1936 aux Éditions Denoël et Steele. À la remise du manuscrit, Bernard Steele (1902-1979), l'associé de Denoël remet sa démission et cède ses parts. Publié la même année que son deuxième roman Mort à crédit, qui fut un échec en comparaison de Voyage au bout de la nuit, ce court écrit de 27 pages fait suite à un voyage qu'effectua l'écrivain en Union soviétique, et relate sa vision de la nature humaine, son anticommunisme et son rejet du matérialisme.

Annotation :

Terminé le 21 mars.
Céline est plus sympathique dans la forme courte que dans la forme longue. Même dans le Voyage, il y a cent pages en trop (voire deux cents). "A l'agité du bocal", ça c'est un bon pamphlet. "Rabelais, il a raté son coup", c'est sympathique. "Mea Culpa", c'est pas mal, sans plus. Ca se lit en vingt minutes, tout est clair, même si on regrette qu'il ne s'étende pas un tout petit peu plus sur l'URSS et son organisation. C'est un peu une version abrégée du "Retour d'URSS" d'André Gide, avec les injures en plus. Cela reste donc un petit texte.

La Belle et la Bête
7.4

La Belle et la Bête

Sortie : 1757 (France). Conte

livre de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont

Clément Nosferalis a mis 8/10.

Résumé : L'on y suit les aventures d'un marchand désargenté, et de ses enfants, dont la fille cadette est nommée Belle. Belle est modeste et intelligente, et également très dévouée à son père, au point de se sacrifier à sa place lorsqu'il se retrouve condamné par la Bête. Belle part vivre chez la terrible Bête qui n'aura de cesse de devancer ses attentes et ses besoins. Peu à peu, la Belle passe du dégoût à l'estime puis à l'amour pour cet être étrange.

Annotation :

Terminé le 22 mars.
Malgré mon amour pour les contes, je n'avais jamais lu celui-ci. Il est tout à fait beau. Je ne sais que vous dire de plus ; à chaque conte, tant c'est court et simple, je ne sais que dire, si ce n'est que c'est une lecture tout à fait plaisante, à laquelle il faut régulièrement se remettre.

Les Cahiers et les Poésies d'André Walter
7

Les Cahiers et les Poésies d'André Walter (1892)

Sortie : 1892 (France). Poésie

livre de André Gide

Clément Nosferalis a mis 8/10.

Résumé : « De toute évidence, c'est Paludes et Les Nourritures terrestres qui inaugurent pour Gide une œuvre dont tout lecteur d'aujourd'hui perçoit l'unité. On n'en finirait pourtant pas de repérer, présents dans Les Cahiers d'André Walter, les thèmes qui ne cesseront de reparaître dans tous ses livres, jusqu'au "testamentaire" Thésée... Les lecteurs familiers de ses œuvres majeures trouveront sans doute un charme particulier à ces Cahiers qui, dans une forme encore "archaïque" et ingénue - une langue dont les excès, les gaucheries, les complaisances d'époque, dévoilent de façon émouvante la naissance fraîche et fragile de l'écrivain -, livrent déjà presque entier le réseau obsédant des thèmes de la maturité [...]. Le romantisme fin-de-siècle des Cahiers d'André Walter n'est certes pas encore dompté, mais leur auteur n'aura rien à renier de leur luxuriance lorsqu'il conquerra, bientôt, son classicisme à lui. » Claude Martin.

Annotation :

Terminé le 24 mars.
Le premier Gide est tout à fait fascinant, dans ses forces et ses faiblesses. Dans ces cahiers-ci, il y a à la fois le génie décadentiste de "Paludes" et la tentative niaise des "Nourritures terrestres" ; heureusement, on est plus du côté de "Paludes". Je n'ai pu m'empêcher de lire ce livre au prisme d'"Anna Soror" de Yourcenar, qui en est une sorte de réécriture. Le livre est alors plus fragmentaire, donc plus riche d'une certaine manière, mais aussi plus bordélique, moins tenu. C'est, en fait, un magnifique "premier livre" : l'auteur y lâche tout ce qu'il a à dire sans se soucier de forme. C'est imparfait, mais ce sont les livres auxquels on s'attache le plus.

Le Traité du Narcisse
7

Le Traité du Narcisse (1912)

Sortie : 1912 (France). Essai, Récit, Poésie

livre de André Gide

Clément Nosferalis a mis 6/10.

Résumé : " Ainsi le mythe de Narcisse : Narcisse était parfaitement beau, - et c'est pourquoi il était chaste ; il dédaignait les Nymphes - parce qu'il était amoureux de lui-même. Aucun souffle ne troublait la source, où tranquille et penché, tout le jour il contemplait son image... - Vous savez l'histoire. Pourtant nous la dirons encore. Toutes choses sont dites déjà ; mais comme personne n'écoute, il faut toujours recommencer. " (André Gide, Le Traité du Narcisse, in Romans et Récits (Bibliothèque de la Pléiade, p. 169)

Annotation :

Terminé le 27 mars.
Toujours dans le premier Gide, à la fois fascinant et lassant par ses accumulations de références et de symboles. C'est beau, certes, comme tout livre symbolistes qui sait manier les adjectif ; mais la grandiloquence tombe parfois à plat. J'ai déjà dit mon peu d'attrait pour le mysticisme plat et béat des "Nourritures terrestres" ; on le retrouve ici, de manière plus marquée que dans "Les Cahiers d'André Walter", qui avaient l'avantage du fragment et de la course vers la folie. Je recommande donc plutôt cette dernière œuvre. L'avantage du Traité étant, néanmoins, d'être disponible sur Wikisource et lisible en trente minutes.

Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne
7.3

Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791)

Sortie : 1791 (France). Essai, Politique & économie

livre de Olympe de Gouges

Clément Nosferalis a mis 9/10.

Résumé : "La femme a le droit de monter sur l'échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune." femme de lettre et de tête, Olympe de Gouges(1748-1793) s'illustre dès les premières heures de la Révolution par ses idées de réforme. Devant l'Assemblée Constituante, elle réclame l'égalité des sexes. Avec sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791), son oeuvre la plus célèbre, cette première théoricienne du féminisme reprend point par point la Déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen de 1789 en une version parodique. Son texte, à l'instar de son exhortation finale, "femme, réveille-toi", garde une étonnante actualité.

Annotation :

Terminé le 27 mars.
Je découvre ce texte parce qu'il est proposé au bac en 2022. Mon étonnement premier a été sa taille réduite, par rapport aux autres oeuvres proposées ; mais cela, ce n'est qu'une bizzarerie propre à l'Education nationale. Une fois cela surmonté, il reste la puissance du texte, qui est clairement une grande oeuvre d'argumentation, reprenant de manière puissante l'art du discours (Préambule et Postambule) et celui de la maxime dans les articles, qui inversent habilement le texte source qu'est la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. En cherchant d'autres oeuvres de Gouges, je me rends compte à mon grand regret que ses pièces et articles sont très peu éditées et très peu trouvables sur le net, hors éditions anciennes à orthographes non-modernisée (lecture peu agréable, donc). Cela manque, vraiment.

Versant Est
7.9

Versant Est

Sortie : 3 novembre 1978 (France). Poésie

livre de Octavio Paz

Clément Nosferalis a mis 10/10.

Résumé : Versant est est une sélection des poèmes écrits par Octavio Paz entre 1957 et 1968, auxquels s'ajoutent quelques textes inédits. Ce recueil est l'aboutissement d'une métamorphose poétique qui a commencé avec Pierre de soleil (Gallimard, 1962) et qui, neuf ans après, conduit à Blanc. Versant est dessine la forme d'une spirale : chaque poème est un retour au point de départ et un pas vers l'inconnu.

Annotation :

Terminé le 28 mars.
Octavio Paz réunit en un seul mouvement deux tendances qui, dans la poésie française actuelle, se sont dramatiquement séparées : le goût de la métaphore et l'expérimentation sur la forme. Il est donc un maître et une source à laquelle on doit sans cesse revenir.

Le Petit Roi
7.6

Le Petit Roi (2001)

Sortie : janvier 2001 (France). Roman

livre de Mathieu Belezi

Clément Nosferalis a mis 7/10.

Résumé : Mathieu, douze ans, délaissé par les siens, se trouve confié aux soins d'un grand-père peu causant qui habite seul une ferme d'un autre âge, dans un coin désolé de Haute-Provence. Apprentissage de la solitude, du silence, de la cruauté - et des violents émois de la chair. L'on dira de Mathieu qu'il est un enfant « difficile ». A condition d'ajouter qu'on a oublié de lui faciliter la tâche : ce fameux métier de vivre auquel l'enfance se prépare comme elle peut - au besoin en s'écorchant méchamment la peau. On a pu évoquer, à la lecture de ce court roman où la souffrance s'avoue entre les lignes, L'Année de l'éveil de Charles Juliet - autre écrivain ami de la nudité des sentiments -, ou les films de Jean Eustache (Mes petites amoureuses). Mais la voix de Mathieu Belezi, toute de violence contenue, ne se confond finalement avec aucune autre.

Annotation :

Terminé le 2 avril.
Un livre tout à fait singulier, bien écrit mais toujours plus étrange au fil des pages, non pas seulement pour sa présentation de la découverte sexuelle, mais par tout le mystère (pourtant non mis en scène) qui entoure chaque action. Le livre crée un sentiment insidieux de malaise, dont on ne saurait désigner la source. "Etrange" est le mot qui revient pour le qualifier, sans qu'on puisse préciser exactement l'étrangeté ; et cela, aussi, est en soi étrange.

La Supplication
8.4

La Supplication (1997)

Tchernobyl, chronique du monde après l'apocalypse

Tchernobylskaïa Molitva

Sortie : 1999 (France). Récit

livre de Svetlana Alexievitch

Clément Nosferalis a mis 8/10.

Résumé : Tchernobyl. Ce mot évoque dorénavant une catastrophe écologique majeure. Mais que savons-nous du drame humain, quotidien, qui a suivi l'explosion de la centrale ? Svetlana Alexievitch nous fait entrevoir le monde des survivants, à qui elle cède la parole. Pour la première fois, écoutons les voix suppliciées de Tchernobyl.

Annotation :

Terminé le 4 avril.
Dans les "récits du réel", les Français sont des ânes. Les chefs-d’œuvre du genre ont été écrits par Svetlana Alexievitch (biélorusse) et Javier Cercas (espagnol). Si Cercas est virtuose par son ironie, Alexievitch l'est, quant à elle, par sa disparition. D'ailleurs, il n'y a que quelques pages, vers le début, où elle s'exprime directement, et ce sont les moins bonnes de l'ouvrage. (Carrère devrait en prendre de la graine, lui qui est bon quand il parle des autres, et si médiocre quand il parle de lui-même). Son travail consiste dans l'assemblage (culminant dans les "choeurs" à la fin de chaque partie), dans le lissage des entretiens pour les rendre "propres" à la lecture.
Le contenu n'est pas tant l'horreur de la catastrophe, même si elle insiste sur la destruction des corps, dans le prologue et l'épilogue. Non, l'horreur, c'est l'incurie du gouvernement de l'époque, la corruption généralisée, l'ignorance organisée. (Toute ressemblance avec le gouvernement actuel dans sa gestion du covid serait purement fortuite.) Tchernobyl est aussi une apocalypse au sens étymologique : une "révélation" de l'échec du système soviétique, dans sa politique comme dans sa mythologie.

Nuit de foi et de vertu
7.5

Nuit de foi et de vertu (2014)

Faithful and Virtuous Night

Sortie : 18 mars 2021 (France). Poésie

livre de Louise Glück

Clément Nosferalis a mis 7/10.

Résumé : Depuis la parution de son premier recueil en 1968, Louise Glück n’a eu de cesse de réinventer son art, tout en créant une voix immédiatement reconnaissable, par son mélange de retenue et d’affirmation, son lyrisme visant l’universalité. Dans Nuit de foi et de vertu, paru aux États-Unis en 2014 et récompensé par le National Book Award for Poetry, Louise Glück utilise, en apparence du moins, les ressources de la narration, subtilement détournées au profit de sa poésie, pour explorer le mystère du commencement et de la fin d’une histoire, qui peuvent être aussi ceux d’une vie. Ce sont des fragments de récit, mêlant impressions fugaces et détails, qui se répètent et se font écho. Le je qui raconte un souvenir surgi de son passé peut être celui d’une femme dans un poème, puis d’un homme dans le suivant. D’ailleurs s’agit-il d’un moment vécu ou d’un rêve ? Car la forme d’épopée intime propre au rêve, dont les libres associations viennent sans cesse dévier la trajectoire, semble se confondre avec celle du poème. Dans une écriture d’une grande musicalité, dont la beauté vient en partie de l’extrême simplicité, d’amples visions poétiques se déploient, portées par des voix toujours au bord de la confession. Dans cette partition magistrale, Louise Glück parvient une fois de plus à restituer à l’expérience humaine toute son énigme.

Annotation :

Terminé le 5 avril.
J'avais lu une bonne partie de "L'Iris sauvage" en anglais, et des bouts de l'ensemble de l’œuvre de Glück par des traductions ici ou là. Ce recueil-ci est nettement moins bien. Cela vient, peut-être, du recours à la narration ; bien que ce ne soit pas une narration traditionnelle, le propos marque en bonne partie par son apparente absence de profondeur. Le psychiatre, la mère, le mari, l'enfant, mais cela sans autre dimension. Les poèmes en prose sont certes meilleurs, et quelques passages sont très beaux ; au-milieu du livre, on sent qu'on commence à aller mieux, vers une réflexion et un souffle plus grands, mais cela retombe ensuite comme au début, dans des bribes dont on ne sait pas où elles vont, alors même que le travail sur la langue reste mince. On reste, en somme, sur sa fin. Mais le reste de l’œuvre de Glück reste à lire, -et à traduire.

Le Chant des morts
7.5

Le Chant des morts (1948)

Sortie : 3 octobre 2016 (France). Poésie, Beau livre

livre de Pablo Picasso et Pierre Reverdy

Clément Nosferalis a mis 7/10.

Annotation :

Terminé le 6 avril.
Aimant beaucoup Reverdy, ma fermeture devant ce livre-ci ne peut que me surprendre. Elle provient de trois déceptions principales :
-les lithographies de Picasso présentent peu d'intérêt ;
-le travail de l'espace sur la page ne paraît pas exceptionnel ;
-les poèmes de Reverdy n'ont également que peu d'intérêt.
Peut-être Reverdy, par l'aspect manuscrit de l'ensemble, a-t-il voulu accentuer les possibilités d'hermétisme que recèlent sa poésie. L'ensemble échappe en effet à la lecture facile. Cependant, quand on creuse et se concentre, on découvre peu de choses dans ces pages ; métaphores et hypallages, aspects modernistes et réflexions sur la pensée, sont d'un ordre bien plus banal que dans le reste de ses oeuvres.