Pétard mouillé.

Avis sur Damien Saez: à corps et à cris

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Première biographie de Saez. Projet intéressant et premier du nom. Déjà la citation en ouverture donne le ton :

"Il y a Damien et il y a Saez, c'est deux personnes différentes, tu vois."
Théo Cholbi, son demi-frère,
le 6 septembre 2014.

Tu vois ?
J'ai cru à un troll. On se dit que si l'auteur n'a que ça à se mettre sous la dent, on est bien engagés.

La 4ème de couverture précise "Entre anecdotes, voyages et confidences, ce livre dévoile les 1000 visages d’un artiste secret." Pour les anecdotes, Damien regarde Breaking Bad mais n'est pas fan de Game of Thrones, pour les voyages et confidences je crois que l'auteur veut nous dire qu'il a retracé l'itinéraire de l'adolescence de Saez, et quant aux mille visages dévoilés (formule racoleuse et alléchante), il n'y a pas l'once d'une réponse dans l'ouvrage.

Il y a très peu de contenu. Les seuls passages intéressants sont les témoignages de sa famille, de ce que l'on découvre de son enfance et de ses débuts musicaux aux côtés de Boris Nedeltchev, mais le reste n'est pas pertinent et l'on apprend quasiment rien d'autre que l'on ne sait déjà. Romain Lejeune semble avoir pris le plaisir d'écrire son ressenti et ce qu'il percevait de l'artiste, mais il a placardé l'étiquette biographie dessus. A aucun moment l'auteur ne se montre objectif et exhaustif ; il se contente de très peu. On ne rentre ni dans l’œuvre de Saez ni dans son univers ; on n'en a que les flous contours.
Romain Lejeune abuse même de précisions inutiles simplement pour meubler ou pour étaler ses connaissances wikipédiennes, notamment sur des auteurs ou artistes évoqués dans le livre à l'aide de parenthèses du style "Gaëtan Roussel (le chanteur de Louise Attaque, qui a également co réalisé le dernier album d'Alain Bashung Bleu Pétrole). Ou bien "Mr Tartempion" (qui a habité 6 rue des lilas pendant 7 ans). Bon d'accord, mais où est la pertinence là dedans ?

Je ne sais pas quelles étaient les intentions de l'auteur, qui vante l'indépendance de son projet et a fondé une maison d'édition pour l'occasion. Je ne sais pas comment se sont déroulés les entretiens avec Saez, mais comment l'auteur a t-il pu à ce point rester en surface ? Il y aurait mille choses à explorer, à comprendre et à approfondir. A nous faire savoir. Son passe-droit de journaliste lui donne cette opportunité, autant s'en servir. Je ne lui demande pas de nous donner les textes du prochain album, mais s'il a la prétention de se lancer dans ce projet, il faut s'y plonger dedans et faire un vrai travail de fond. Et ne pas aborder les faits tels qu'on les perçoit en tant que public. A ce compte là je publie demain une autre biographie que j'appellerais "Mon Damien".
Par exemple, on connait les passages de Saez aux Victoires de la Musique. Ce sont des condensés de l'engagement artistique et politique de l'homme. Il y aurait des pages à écrire à ce propos. Surtout quand tu as la chance d'avoir Saez en face de toi. Mais la vidéo Youtube en dit plus long que l'auteur là dessus. Et c'est ça tout le bouquin (enfin sur les modestes toutes petites 150 pages).

Entre interprétations psychologiques tirées par les cheveux et balayage des grossiers traits de personnalité de l'homme, l'ouvrage survole les grandes lignes de la personnalité de Saez, que nous connaissons déjà à travers ses chansons ou son rapport à la scène. Non Saez ne chante pas en anglais uniquement parce que son père est parti en Angleterre. A moins que l'auteur ait découvert que l'Angleterre soit le pôle attractif d'une migration massive de paternels français.

L'auteur, sans doute submergé par son émotion, son respect et son affection envers Saez livre une biographie très brève, trop légère. Profondément intimidé par Saez, Romain Lejeune n'est jamais rentré dans un réel travail d'écriture d'une biographie complète mais plutôt un bref résumé chronologique de l'artiste. Le journaliste se vante d'être né à Charleville-Mézières, ville natale de Rimbaud, pour justifier l'existence d'un lien avec Saez et son illumination quant au fait que c'était à lui d'écrire la première bio de Saez. Bon. T'as pas mieux ? L'auteur s'est contenté de récupérer le public de Saez et de flirter sur le silence qui plane autour de l'artiste pour vendre son livre. Pire, il précise qu'il a eut des rapports privilégiés avec Damien, qu'il a pu l'approcher, comme pour jalouser ses propres lecteurs.

A mon sens il a essayé de bluffer un peu avec une belle présentation, une écriture en gros caractères, des petites parties toutes belles avec des titres tout mignons et une écriture mielleuse. Soit c'est de l'immaturité, soit il est mauvais, mais je crois qu'il s'est lancé dans un exercice de style dont on n'a que faire. Et ça s'est fait au détriment du contenu. A vouloir faire de la poésie en contant l’œuvre de Saez, peut-être pour rendre hommage à un artiste qu'il admire maladroitement, Romain Lejeune signe un ouvrage décevant et d'une immaturité déconcertante. C'était surement trop tôt pour ce genre d'initiative.

Tu y crois toi ?

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