Pour mieux vivre au présent.
Curieuse sensation que celle de lire une autobiographie, publiée à compte d'auteur (il est donc inutile d'essayer de se le procurer) et qui plus est, écrite par un proche.
On y entre avec un mélange d'appréhension (et si c'était mal écrit ? Et si ça n'avait aucun intérêt ?) et d'intimidation: ce n'est pas au coeur d'une intimité anonyme que l'on pénètre, mais bien dans celle de quelqu'un que l'on côtoie encore et vis-à-vis de qui, forcément, on portera un regard différent, plus complet.
Et en ce sens, l'expérience est unique et méritait quelques lignes ici.
D'ennui aucun.
Les anecdotes sont toujours enchâssées dans de plus larges considérations permettant un équilibre très réussi entre les différentes strates du récit.
Si le quartier de Montpellier longuement décrit m'est presque totalement étranger (pour ne l'avoir traversé que quelques rares fois il y a plus de dix ans), son arpenteur juvénile en restitue adroitement les saveurs et les singularités, nous laissant la sensation d'avoir nous même fréquenté la famille, les voisins et amis d'une époque si lointaine et pourtant si proche.
Egalement, et c'est une des autres forces de ce livre, le constant recul dont l'auteur fait preuve pour souligner la singularité de telle pratique ou l'aspect amusant de telle habitude d'un temps révolu (du milieu des années 30 à la fin des années 50) rend l'ensemble vivant et agréable.
Le style, peut-être un tantinet précieux dans les premières pages devient rapidement fluide et adapté à l'esprit de ces mémoires et à la personnalité de son auteur.
Enfin, et c'est le grand enseignement de ce fragment de vie, c'est l'occasion de découvrir avec profondeur les éléments qui constituent une expérience humaine, une vie toujours plus riche que l'image figée que l'on a de quelqu'un (bien) connu qu'au moment de sa retraite et qui en dévoile les drames intimes et les joies profondes.
La petite histoire se mêle naturellement à la grande, on touche de près aux grandes migrations du début du siècle (parents émigrés de Géorgie) la seconde guerre mondiale cesse de ne plus être qu'une série de documentaires impersonnels ou des films romancés, si réussis soit-ils. La famille paie un tribut à cette douloureuse page historique, et ce n'est pas sans réelle émotion que l'on prend connaissance d'une soeur jusqu'alors cantonnée à un simple prénom ou un père perdu dans des conditions terribles, mais très sobrement décrites.
Si une telle qualité d'écriture pouvait être garantie, il serait presque salutaire et obligatoire que chacun, autour de nous, puisse se livrer à un tel exercice, afin d'assurer le devoir de mémoire d'une famille. Mieux, pouvoir revenir ainsi sur les éléments constitutifs d'une vie permet à tous ceux, et ils sont nombreux, pour qui la transmission orale n'est pas naturelle ou aisée, de combler un manque qui peut se révéler pesant à un moment ou à un autre de son existence. Je suis sûr que l'auteur eut aimé lire le même type de récit venant d'un de ses parents avant de ne plus pouvoir communiquer avec lui.
On s'aperçoit parfois trop tard de ce que nous devons à nos proches, ou parents, et c'est aussi un des messages, pas révolutionnaire mais terriblement vibrant et palpable, de ce beau livre.
Finalement, la partie la moins réussie du récit reste le titre, qui a contribué à m'en tenir éloigné trop longtemps.
A tort.
Maintenant, Georges, j'attends un tome 2.
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