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Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur par BibliOrnitho

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Dans l’Alabama des années 30. Après la terrible crise de 29. Et contemporain de la terrible décennie du Dust Bowl qui ravagea le Middle West, thème des « Raisins de la Colère ». Un avocat vient d’être commis d’office pour défendre un noir accusé d’avoir violé une femme blanche.

Première surprise : dans cet état célèbre pour sa ségrégation, bastion du KKK, l’accusé n’a pas terminé au bout d’une corde et bénéficie même d’un procès. Seconde surprise, ce thème – annoncé par la quatrième de couverture – est très lointain, loin en toile de fond. Car la narratrice du livre est une enfant de huit ans. La fille dudit avocat. La fillette, avec son frère aîné, est obnubilée par son mystérieux voisin (surnommé Boo). Un homme adulte qui vit reclus chez lui et que personne – à sa connaissance du moins – n’a vu dehors depuis des années.

Ces deux gamins, bientôt additionnés d’un troisième larron, vont faire les quatre-cents coups pour tenter d’apercevoir ce fantôme, ce mythe dont ils ne connaissaient seulement pas l’apparence. Espionnage en culottes courtes, tentatives d’intrusion… tout y passe. Le père (veuf), accablé par la population blanche qui l’accuse d’être devenu l’ami des nègres sous prétexte qu’il entend exercer sa profession avec sérieux, tente vainement d’endiguer l’âme téméraire de ses enfants…

Un thème fort simple qui n’occupe même pas le devant de la scène. Des tensions coupant la ville en deux, le lecteur n’apprendra que ce qu’en perçoit l’enfant – certes délurée et étonnamment perspicace pour son âge. Les insultes à l’école, les blancs armés de carabines venant « discuter » sur le perron de la maison, les noirs déposant de la nourriture sur le pas de la porte, l’afflux d’étrangers dans la ville au matin du procès…

Je m’imaginais me plonger dans un roman faulknérien. Mais les milles et un détails de la narration, l’ambiance générale de cette bourgade du grand sud, ces petites gens tentant de s’en sortir avec ce que Dieu leur avait légué m’évoquent bien davantage la prose de John Steinbeck. Une écriture superbe, une distance remarquable aux événements grâce au jeune âge de la narratrice, la pointe d’humour drolatique de la fillette, ses caprices d’enfant font de ce livre un véritable bijou que j’ai inexplicablement tardé à lire.

Un chef-d’œuvre !

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