C'est donc mon quatrième roman signé Bret Easton Ellis, sans doute son plus célèbre, sinon son meilleur. Je l'ai lu in-té-gra-le-ment et en collection "Bouquins" de Robert Laffont (Oeuvres complètes I), il occupe les pages 395 à 837, soit 442 grandes pages bien denses. Je n'ai pas sauté une ligne, même si parfois j'en ai eu l'envie. Soixante chapitres, tous laconiquement titrés, tous très soigneusement pensés et écrits. Quelques uns très drôles et incontestablement réussis ; et d'autres absolument, absolument atroces, dont on se demande comment il a pu les écrire et d'abord les imaginer sinon peut-être après avoir visionné les pires "snuff movies" circulant sous le manteau dans des circuits de distribution, s'ils existent, spécialisés dans ce genre d'horreurs.
Je ne vais pas m'étendre. Le roman respecte une progression dramatique. Compte tenu du titre (American Psycho) et de son ô combien sulfureuse réputation, on s'attend au pire, mais ça commence doucement, à peu près normalement, pendant quelque 150 pages, ce n'est qu'après que BEE se lâche et atteint des paroxysmes. Et ça dure. Et ça dure. Avec parfois des chapitres intermezzos dans lesquels Patrick Bateman, son héros psychotique (yuppie ou golden boy de Wall Street et serial killer parfois compulsif), nous distille des critiques extrêmement fouillées des albums de "Genesis", "Whitney Houston" et "Huey Lewis and the News" (textes probablement écrits antérieurement), histoire de nous prouver qu'il a, par ailleurs, toute sa tête et les mêmes sources d'intérêt que nous. On nous dit que ce roman a été commandé à BEE par son éditeur (avec une avance de trois cent mille dollars à la clé) et que celui-ci, ayant lu le manuscrit finalement remis, en fut épouvanté et refusa de le publier, Ellis devant alors, au pied levé, trouver un autre éditeur dont American Psycho a fait le bonheur puisqu'il en a vendu, dit-on, des millions d'exemplaires dans le monde. On nous dit aussi que, suite à la parution de ce roman, l'écrivain a dû prendre un garde du corps pour se protéger des attaques non seulement verbales mais physiques. On le croit volontiers parce que le contenu du roman est parfois si horrifiant, révoltant, épouvantable qu'il ne peut être lu que par petites doses. Ce que j'ai dû faire. Et pourtant j'étais prévenu car j'avais vu son adaptation en film il y a plus de vingt ans, et ça m'avait retourné l'estomac.
Je n'ai pas envie d'en dire beaucoup plus. Je répète ce que j'ai dit pour ses romans précédents : c'est très bien écrit (probablement sous cocaïne), c'est minutieusement pensé, travaillé, c'est à la hauteur de son titre, ça fait le job. J'ai trouvé que certains passages étaient plus sadiques que du Sade (mais je n'ai lu que les œuvres les plus connues de celui-ci). L'intérêt se maintient pendant les 450 pages. On se demande jusqu'au bout comment cela va tourner...
Maintenant, je vais poursuivre la découverte des œuvres de cet auteur. Tout de suite : Zombies. Et puis Glamorama, Lunar Park et Les Éclats. Histoire de bien connaître le bonhomme. Mais je ne suis pas quelqu'un qui dévore, je lis lentement, je pèse chaque phrase. Je ne vous redonnerai des nouvelles sur son compte qu'après mûre réflexion.