Cette œuvre de jeunesse me paraît subversive, écrite (ou publiée) en 1919. Quel théâtre peut-il s’en prévaloir ? Quel texte est aujourd'hui subversif, l’a été hier, le sera demain ? Le vitalisme tout azimut de cette œuvre de Brecht est tonitruant, oui tapageur, il y va franco, dirait-on. On y croise des drôles d’oiseaux, à commencer par le fameux Baal, poète de son état, chieur, emmerdeur et esbroufeur parfois. Je déteste la formule consacrée par la critique en général qui explique qu’une œuvre est là pour « choquer le bourgeois », ou se voudrait telle, comme pour disqualifier toute forme de subversion. Il ne s’agit pas de choquer le bourgeois mais plutôt d’éveiller le spectateur, de le sortir de sa torpeur toute lénifiante dans le bain de conformisme et de tiédeur qu’offrent un certain nombre de choses publiées ici comme ailleurs. Partant, il serait passionnant d’expliquer en quoi cette œuvre m’a fait voyager, ou en quoi elle m’a éveillé. On entend ces personnages se donner des paradoxes comme dialogue : rien que Baal est une sorte de Villon, nous dit-on, ou peut-être un personnage rabelaisien, c’est ce qui vient le plus spontanément à la plume. En effet, Baal bouffe, Baal chante, mais Baal parle et se diffuse dans cette pièce, il déborde de vie et de matière. Baal, c’est une sorte de « ça » décomplexé, déplié, dans une farandole de scènes toutes plus débiles les unes que les autres du point de vue de la narration linéaire canonique, mais ce n’est pas cela qui intéresse Brecht, ou le jeune Brecht en tout cas. Lui, c’est ce débordement qui l’intéresse, son personnage qui a « la bite en fleur », j’ai trouvé que c'était la phrase la moins juste du texte d’ailleurs, contrairement au reste qui m’a scotché d’intérêt. Son personnage est un hululement de paradoxe et de vérité. Mais qu’en faire ? Peut-être l’étudier ou simplement s’en servir, je n’ai entendu pratiquement rien sur Bertolt Brecht.