Je referme Balanegra de Marto Parente avec cette sensation étrange d'avoir traversé une lande intérieure, lente comme un brouillard d'hiver, mais traversée d'éclats charbonneux qui laissent une trace sur les doigts. Dès les premières pages, j'ai senti que le roman n'irait pas me prendre par la main ; il m'a plutôt invitée à marcher à pas feutrés, à apprivoiser son rythme. Une lecture qui demande de respirer autrement.
J'ai été frappée par la densité atmosphérique du texte. Parente déploie un décor qui n'est pas seulement un lieu mais une présence, un personnage silencieux. Les pierres semblent écouter, les ombres respirer, et les personnages s'y déplacent comme des silhouettes à peine plus solides que leurs propres doutes. Cette façon de mêler l'intime et l'aride m'a parfois donné l'impression de lire un paysage avant de lire une histoire.
Cependant j'ai trouvé l'ensemble assez lent. Pas la lenteur voluptueuse qui invite à savourer chaque phrase, mais une lenteur qui, par moments, m'a laissée sur le seuil, comme si le roman retenait quelque chose, tardant à révéler le coeur battant de son intrigue. Je me suis demandée si ce pas traînant faisait partie de l'esthétique voulue ou si, parfois, le récit ne se perdait pas dans ses propres sables.
Cela dit, sur le plan thématique, Balanegra est d'une richesse indéniable. On y traverse la culpabilité, les secrets transmis comme des héritages empoisonnés, la mémoire qui s'emmêle au réel. Certaines scènes sont fugaces mais vibrantes.
Au final, c'est un roman qui exige patience et disponibilité. Un livre de silences, de noirceurs feutrées, de pas lourds sur une terre qui semble juger ses habitants. Pas un coup de foudre pour moi, mais une expérience singulière, presque hypnotique.