Ce petit livre comporte des écrits de Condorcet principalement féministes et illustre une partie de sa pensée. Héritier des Lumières, guidé par sa raison, Condorcet présente des arguments rationnels pour mettre en avant l’injustice faite aux femmes dans l’accès à la connaissance et la participation à la cité.
Malheureusement, cette pensée n’est que bien peu partagée y compris par les femmes elles-mêmes qui glorifient la philosophie de Rousseau. Ce dernier écrit pourtant dans Emile ou De l’éducation, que l’éducation des femmes doit être relative aux hommes à savoir : « leur plaire, leur être utiles, se faire aimer et honorer d’eux, les élever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agréable et douce ». Ainsi, Condorcet tente d’éclairer les Lumières elles-mêmes ! C’est une position parfois désagréable à tenir lorsqu’il s’agit de rappeler aux gens leur valeur et potentiel. C’est d’ailleurs un poids qu’il ne désire pas supporter car jamais il n’évoquera ce sujet à l’Assemblée.
Le discours a le mérite d’être clair, Condorcet ne voit pas seulement une femme mais avant tout un individu doté d’une raison au même titre que les hommes. On l’observe en pratique dans la dernière lettre écrite à sa fille Eliza, ses conseils, dont ce livre tire son titre. On y trouve l’importance de comprendre les gens, se faire aimer d’eux, être juste, ne pas se sentir supérieur, ne pas s’attacher à la vanité du prestige mais à la puissance bienfaisante de la reconnaissance. Cette humilité s’approche parfois du message du Christ même si Condorcet méprisait la religion. Elevé par les jésuites, il y a sans doute une corrélation entre l’apparition des Lumières et l’éducation chrétienne stricte que les philosophes ont connu, les poussant à élever les individus imprégnés de croyances superstitieuses au rang de la connaissance raisonnée.
La biographie faite par Elisabeth et Robert Badinter est en tout cas l’œuvre que je conseillerais pour approfondir la compréhension de ce personnage hors du commun, ce livre-ci n’étant qu’un petit aperçu de l’immensité de sa pensée.