— Qu'est-ce que tu veux que je dise ?


— Je ne sais pas, mettons, ce que tu penses de ta relecture et ce qu’elle t’apporte…


— Je suis perdu, comme toujours chez Dostoïevski, je réfléchis avec les personnages, leurs actions, leurs dires, leur ton, leur fièvre.


— Commence par ça déjà, de quoi ça parle ?


— De crimes, et de châtiment, mais j’en suis qu’au crime et à l’explication du crime…


— Quel crime ?


— En fait il y en a deux, ce dont je ne me souvenais pas : le crime de la vieille salope aigrie, et celui de Lizaveta. Je ne me souvenais plus qu’il en tuait deux de bonnes femmes, t’y crois à ça ?


— Bizarre, mais admettons, que penses-tu de la structure, des personnages, de la traduction ? Qu’est-ce que tu lis ? Un polar ? Ou autre chose… quelque chose d’ambitieux sur les thèmes abordés ?


— Je m’en fous de la structure, non, sincèrement, oui… enfin, non je m’en fous complètement.


En réalité je n’avais d’amour que pour deux personnages (peut-être trois), c’est-à-dire Razoumikhine, Porphiri et très légèrement Sonia.


— Ah oui ! Ils ont plusieurs noms ces personnages, comme d’habitude chez les Russes, les vieux Russes, oui, tu aimais ces trois personnages et pas tellement Rodion d’ailleurs, ses thèses elles te font peur ? Ou tu ne sais pas plus sur cela non plus… ?


— Cela fait longtemps que je n’apprécie presque plus que l’humour chez les écrivains, les classiques, disons. Et là il y en a, mais il y a autre chose, de la métaphysique, des dialogues étranges. J’aime le côté littéral de Crime et Châtiment, le côté limpide, et malgré cela, je m’embrouille !


— Peut-être qu’il faut que tu laisses libre cours à ton imagination : à quoi ressemblent les personnages, qu’est-ce qu’ils disent ou plutôt comment ils le disent, le père Markovicz, il te gonfle ? Ou au contraire tu le trouves bon traducteur ? Tu sais lire le russe ? Ah non c’est vrai, tu ne sais pas.


— Non je ne sais pas lire le russe, et mon imagination est atrophiée, mais j’aime un personnage, Razou. Je crois qu’il est essentiel car il me permet d’apprécier toute cette bande de frimeurs (Porphiri en tête). Il est un peu con Razou, mais il essaye de faire le bien… il essaye de… d’arranger les choses.


— De toute façon, la folie de Raskolnikov, le sang, des discours échevelés, ça te gonfle je crois, tu ne l’aimes pas ce héros, de la même manière que tu n’aimes pas Martin Eden… le mascu… Mais t’aimes quoi au fond chez Dostoïevski ? Son humeur ? Ou sûrement parce qu'il met les mains dans le cambouis à la différence de toutes ces fantoches du XIXᵉ siècle.


— Oui ! C’est ça, c’est ça ! Il met les mains dans le cambouis !

Sachadebonnaire
10
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Lectures 2025 chantier en cours, Les meilleurs livres de Fédor Dostoïevski et LISTE DE LIVRES LUS PLUS D'UNE FOIS

Créée

le 23 nov. 2025

Critique lue 26 fois

Sachadebonnaire

Écrit par

Critique lue 26 fois

5

D'autres avis sur Crime et Châtiment

Crime et Châtiment

Crime et Châtiment

10

guyness

895 critiques

Traduit en justice

En fin d’ouvrage de l’édition Babel, le traducteur André Markowicz raconte l’anecdote du vol de son ordinateur, contenant un bon premier tiers de "crime et châtiment". Obligé de s’atteler une...

le 8 sept. 2014

Crime et Châtiment

Crime et Châtiment

9

ABourdesien

97 critiques

Crime et Châtiment

Après plusieurs mois à prendre la poussière sur ma modeste étagère submergée de livres, j’ai enfin pris mon courage à deux mains afin de m’attaquer à ce petit pavé russe, considéré comme un chef...

le 29 juin 2014

Crime et Châtiment

Crime et Châtiment

10

Pariston

123 critiques

Chacun se montre tel qu'il est.

Que dire ? J'ai l'impression, justifiée, d'avoir passé des semaines à me plonger dans ce livre, à suivre la pénitence de Raskolnikov dans un Saint-Pétersbourg macabre et étrange. Ce que je redoutais...

le 24 déc. 2012

Du même critique

Tandis que j'agonise

Tandis que j'agonise

8

Sachadebonnaire

59 critiques

Les mots sont morts

C’est presque trop lourd de commenter Faulkner. On ne se sent pas à la hauteur.On peine à tout comprendre, à tout analyser vivement. L’écriture dépasse son sujet, son esthétique, sa dramaturgie, son...

le 31 mars 2026

Protocoles

Protocoles

7

Sachadebonnaire

59 critiques

I See a Darkness

L’écriture de ce cinquième opuscule de Constance Debré est un condensé de son style de prose. Une narration autobiographique, saphique et marginale s’alterne avec des descriptions de protocoles de...

le 12 janv. 2026

Molloy

Molloy

8

Sachadebonnaire

59 critiques

"La joie qu'inspire la beauté n'est souvent pas sans mélange"

Molloy ne sait pas où il habite. Moran ne sait pas où est Molloy. Molloy a une jambe raide, la droite ? La gauche ? Il ne sait pas. Alors évidemment je pourrais vous parler de méta textualité. En...

le 13 nov. 2025