de Charles Dickens
traduit de l’anglais par Charles-Bernard Derosne, révisé par Isabelle Viéville Degeorges
éditions de l’Archipel (pour la présente édition)


Je soupçonne Charles Dickens de planter des petites graines capitalistes, malgré une bienveillance certaine à vouloir réchauffer des coeurs en racontant « de belles histoires ». Ce qui diffère De Grandes espérances de bons nombres de romans initiatiques basés sur l’ascension sociale et la prospérité du personnage principal, est que la fortune de Pip ici se veut quasiment fortuite, ainsi, sa méritocratie n’est pas basée sur un privilège quelconque mais sur une chance qu’il provoque malgré lui, ou en tout cas sans en avoir conscience.


Ce faisant, Dickens instaure une sorte de règle karmique. Si tu commets une bonne action, celle-ci se revaudra plus tard. Mais au lieu de lui apporter une auréole de vertu et une protection divine, l’auteur met également en garde sur le salaire qu’il en coûte.


Pip n’a ni père ni mère, est élevé par sa soeur qui le bat et lui rabâche sans cesse à quel point elle préférerait qu’il soit aussi mort que ses parents et ses frères. Celle-ci est en conflit perpétuel avec son mari forgeron et méprise sa condition d’artisan populaire car elle aurait préféré vivre mieux. Malheureusement son statut social n’a pu lui offrir que cette vie là et elle est bien décidée à en faire payer le prix à son mari et son petit frère.


Pip est donc un enfant solitaire, heureusement protégé et aimé par son beau-frère qui lui servira pendant longtemps de modèle. Modeste, intelligent, un peu gauche mais tout autant doté d’une nature bonne, Joe prendra Pip comme apprenti forgeron jusqu’à ce que la chance de Pip lui permette d’accéder à un rang social plus élevé, grâce à un bienfaiteur mystérieux.


Gêné par la vie qu’il « risque » d’avoir Pip s’enfuit du foyer et va apprendre toutes les règles pour devenir le parfait gentleman londonien de ce milieu du XIXe siècle, non sans difficultés ni leçons de morales toujours justes et bienveillantes quant au mépris naissant une fois monté sur le radeau permettant de nous sortir de la hess'.


Il n’y aucun bon rôle pour les femmes dans ce roman. Elles sont soit manipulatrices, soit vengeresses, aigries, … Dickens est un auteur de son temps, certes (la caricature des juifs londoniens et des bohémiens qui y est faite en est encore une preuve), ça a eu pour effet de contraster avec l’espèce de bonhommie évidente qu’on colle au personnage l’adaptation d’Un Chant de Noël (Scrooge ou encore Le Noël de Mickey par Disney) y est pour beaucoup en ce qui me concerne, je le voyais plutôt comme un témoin des conditions sociales de l’époque, défenseur de la veuve et de l’orphelin, mais je pense que devenir adulte c’est aussi se rendre compte des travers de ses héros. (bémol ma gueule tiavu ?)


Malgré tout, je suis d’accord avec Virgina Woolf quand elle dit que les roman de Dickens sont hypnotiques. Il nous calfeutre d’une naïveté et d’une volonté de faire le bien (qui a certes beaucoup évolué depuis 180 ans), il sait réchauffer et sait donner envie de sortir la plus belle part de nous-même.


Oh et c’est un super roman de Noël, mais sur ce point je pense que n’importe quel.le romancier.ère anglais.e victorien.ne en est capable (imagine mon vieux dans 100 ans y’aura des gens capables de sacraliser la new romance des années 2020, c’est dingo nan ?)


C’était merveilleux (mais avec des petits cheveux dans la soupe par moments, tombés du crâne de Monsieur Temps).


See ya !


Petit truc de dernière minute : Si le prénom Pip te dit quelque chose c'est maybe bicause Matt Stone et Trey Parker l'ont donné à un de leur personnage des premières saisons de South Park (le petit anglais bourgeois chiant qui meurt écrasé par MechaStreisand dans la saison 2).

LouKnox
6
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Livres lus en 2021

Créée

le 21 nov. 2021

Critique lue 115 fois

Lou Knox

Écrit par

Critique lue 115 fois

2

D'autres avis sur De grandes espérances

De grandes espérances

De grandes espérances

8

Aphimorv

49 critiques

LES grandes espérances

Si vous lisez cette critique avant de commencer Great Expectations, surtout, SURTOUT notez bien ceci : ne lisez surtout pas la version de cette édition Grasset à la couverture rouge, qui s'intitule...

le 15 janv. 2014

De grandes espérances

De grandes espérances

7

Diothyme

216 critiques

Critique de De grandes espérances par Diothyme

Dans l'Angleterre du XIXe, un jeune orphelin est elevé par sa soeur, de vingt ans son aînée, acariâtre et violente, et par son mari, un forgeron généreux et honnête mais dont l'esprit ne brille pas...

le 4 mars 2011

De grandes espérances

De grandes espérances

8

ngc111

846 critiques

Critique de De grandes espérances par ngc111

Dans la lignée des grands romans d'apprentissage, De grandes espérances nous fait suivre les pas du jeune Pip qui, de rencontres fortuites en rencontres fortuites (et surtout étranges pour la...

le 24 août 2019

Du même critique

Tant que le café est encore chaud

Tant que le café est encore chaud

4

LouKnox

624 critiques

Critique de Tant que le café est encore chaud par Lou Knox

Hm. Je suis un brin emmerdé minou. Tu vois y'a tous les ingrédients pour que ce livre suscite une petite curiosité ; des voyages dans le temps, un café, l'histoire de quatre femmes qui vont profiter...

le 11 oct. 2021

La Végétarienne

La Végétarienne

7

LouKnox

624 critiques

Critique de La Végétarienne par Lou Knox

Ce titre est un petit leurre. On met du temps à s'en rendre compte parce que l'histoire commence belle et bien sur le changement de régime de Yonghye, régime qu'elle suit comme une évidence depuis...

le 14 mars 2021

Réinventer l'amour

Réinventer l'amour

8

LouKnox

624 critiques

Critique de Réinventer l'amour par Lou Knox

Comme pour chaque essai de Mona Chollet que j'ai pu lire, c'est assez difficile pour moi de donner mon avis sans passer par un vécu perso, d'assimiler chaque phrase, chaque situation en se comparant,...

le 23 sept. 2021