J'aime ce style indirect qui met une distance qui rapproche.
Par dessus tout, j'aime la sensibilité qu'arrive à mettre Begaudeau dans une suite de fait, ça me touche profondément : "Ses larmes retournent Allan soudain confit d'excuses et proposant une chaise un verre d'eau un Coca Light un bout de tarte ses spaghettis." Le tout Sans ponctuation, un bloc, unité de la proposition.
Sur le style, encore, le vocabulaire acctuel, en partie le mien, les références contemporaines, au milieu d'internet particulièrement, et le choix de rester en style indirect en utilisant les mots qu'utiliserait le personnage si il parlait directement fonctionnent parfaitement, en tout cas, j'ai adoré.
Le fond maintenant. On ressent toujours le plaisir de Begaudeau pour les lignes de déterminations qui poussent ses personnages dans tel ou tel direction. Sauf qu'ici, on s'attarde sur les petites différences qui provoquent de grands changements dans les trajectoires individuels. On retrouve ici aussi, l'injustice de la réalité qui vaincra toujours notre imaginaire.
J'apprécie particulièrement le traitement paradoxale d'un événement du quotidien (harcèlement scolaire) face à un évènement extraordinaire (la guerre) ou celui qui traumatise n'est pas celui sur lequel on aurait parié. Et oui, je partage cet opinion, le quotidien, dans bien des cas, nous heurte plus que certaines horreurs que l'on est amené à traverser. Ça me rappelle son livre "fin de l'histoire" qui traitait d'un enlèvement d'une journaliste pas assez traumatisée au goût de ses collègue au moment de sa libération.
Finalement, le passage qui m'a le moins entraîné, c'est le moment où l'on suit Steve à la guerre. On ressent l'ennuie propre à toute les guerres. Beaucoup d'attentes, de déplacements d'un point A à un point B, l'envie d'en découdre qui se retrouve rarement rassasiée.
Pour finir, je trouve ça fort de nous faire ressentir l'absence de sens se dessiner, malgré les choix radicaux des deux frères. Quoi qu'on fasse, même la guerre aux terroristes, nous ne sommes que des individus en quête de sens qui risquons de buter un long moment sur son absence.