Faire la guerre pour Daech ?
Non, contre Daech.
Je pense d’abord avoir mal lu.
Je fais lecture arrière.
Je questionne la fiabilité de Steve, dont les précédents petits aménagements avec la vérité en font un personnage peu fiable à mes yeux.
Je reviens même sur la quatrième de couverture.
En me retournant ainsi sur ma lecture du premier tiers de Désertion, je mesure combien mon horizon d’attente a finalement été biaisé par un narratif médiatique.
Désertion n’est donc pas le récit de deux Français radicalisés religieux.
Désertion raconte l’histoire de deux frangins qui se trouvent, pour X raisons aussi multiples qu’incertaines, une cause à défendre. Le personnage de Steve s’en découvre pourtant une première un soir devant la finale de la quatrième saison de la Star Ac’. Mais Steve n’est pas un personnage très au clair avec lui-même contrairement à son frère cadet Michael. Steve est indéfini. Il poursuit un « objectif personnel » sans pour autant pouvoir le nommer. Il est une passionnante énigme à élucider.
Dans ce roman, François Bégaudeau renverse la logique selon laquelle la maturité est du côté de l’aîné tout comme il retourne les conventions de la fiction littéraire et l’imaginaire médiatique dominant. Un geste littéraire réalisé sans superficielle prétention. Tout y est naturel, comme l’eau d’un fleuve, image à laquelle me renvoie cette plume sous la pointe de laquelle s’entremêlent les voix du narrateur et celles des personnages. Un fleuve intranquille, comme en témoignent certains passages – celui du repas de Noël – où le flot se change en rapides, générant un précipité de voix. Ce style sportif cher à Bégaudeau, sur la longueur, peut épuiser. Il réclame un surcroît d’effort que ne demandait pas son précédent roman, l’inoubliable L’Amour. Désertion n’est donc pas une lecture confortable, mais une œuvre de friction sur laquelle se frottent les présupposés littéraires, sociologiques et idéologiques de son lecteur.