Dune. Ce seul mot véhicule beaucoup de choses dans l'imaginaire collectif. Alors qu'au cinéma une version récente remet ce livre sous le feu des projecteurs (l'a-t-il jamais quitté?), une nouvelle traduction est éditée dans une version luxueuse de Ailleurs et demain de Robert Laffont. Pour ma part, je n'ai pas tellement été intéressé par la version de Villeneuve, au point de ne pas voir le deuxième opus. Cela ne m'a pas empêché d'acheter cette nouvelle traduction, puisque je n'avais pas d'exemplaire de toute façon, et de la lire. Une remarque à faire donc sur cette traduction, c'est qu'elle est un peu trop lisse, qu'on perd une partie de la spécifité de l'univers. Dommage, donc.
Dune est un succès qui n'avait rien de garanti. Aujourd'hui adulé, apprécié même, parfois, de ceux qui méprisent généralement la science-fiction, on peine à imaginer que son destin n'avait rien d'évident, qu'il a été refusé par un nombre conséquent d'éditeurs.
Il est de notoriété publique que Dune est un précurseur : un space opera de cette ampleur ouvrait la voie à ces longues séries d'aujourd'hui, qui généralement n'arrivent pas à la hauteur de l'illustre aîné. Un Game of thrones plébiscité comme rarement, par exemple, doit énormément à Dune, la similitude de l'intrigue de départ en fait foi.
Pourtant, l'univers de Frank Herbert, imprégné de mysticisme, de réflexions politiques et environnementales, n'avait effectivement rien d'évident. Ce premier volume, qui constitue une épopée complète et se suffit à lui-même comme lecture, ouvre un univers extrêmement dense grâce, notamment, au système des citations issues des personnages de l'univers en exergue de chaque chapitre, un procédé repris de nombreuses fois depuis, il conviendrait de vérifier qu'Herbert en a la primauté, en tout cas il l'a utilisé avec brio.
On parle aujourd'hui de Dune comme la première itération d'une science-fiction environnementale. C'est extrêmement discutable, mais c'est intéressant néanmoins. Effectivement, l'environnement est inhabituellement important. Pas seulement d'un point de vue écologique, mais aussi comme fondation d'un monde qu'on a voulu cohérent. La nécessité qu'a l'univers des ressources de dune en épice, cette fameuse drogue, pourrait-on dire, qui rend possible la vision de l'avenir et le voyage dans l'espace, sans parler de la longévité, est au coeur de l'intrigue. Cela forme tout une économie de l'écologie, qui va du grain de sable de cette petite planète jusqu'aux gigantesques vaisseaux de la guilde, avec un jeu des échelles qui rend tout le monde interdépendant, d'une manière ou d'une autre.
Et bien sûr, au premier degré, on peut lire Dune comme un space opera politique et d'action, avec la quête de Paul Atréides pour reconquérir sa place et venger sa famille.
A tous les niveaux, Dune s'avère une réussite. A peine osera-t-on soulever que l'ensemble manque cependant d'humanité. On se demande parfois si les personnages éprouvent réellement des émotions. Ils sont tellement des produits de leur environnement et de leur classe sociale, que toute la cohérence de cet univers finit par se retourner contre eux et que nul d'entre eux ne peut avoir son existence propre, en dehors de sa raison d'être. Cependant, pour être juste, il faut ajouter que les volumes ultérieurs de la saga arriveront à tourner cela en une force.
critique du deuxième tome : https://www.senscritique.com/livre/le_messie_de_dune/critique/328221109
critique du tome 3 : https://www.senscritique.com/livre/les_enfants_de_dune/critique/328262986
critique du tome 4 : https://www.senscritique.com/livre/l_empereur_dieu_de_dune/critique/328263245
critique du tome 6 : https://www.senscritique.com/livre/la_maison_des_meres/critique/328321165