Georges Duby un des plus grands historiens médiévistes, a fait paraître cet ouvrage pour la 1ère fois en 1967. Il s’agit d’un recueil de textes qu’il a classés par thème («Le visible et l’invisible », « Les prodiges du millénaire »…) et replacés dans leur contexte. Des textes écrits par les grands chroniqueurs ecclésiastiques de cette période, Raoul Glaber, Adémar de Chabannes, Adalbéron de Laon, Richer de Reims, par exemple. Ce sont les sources principales qui permettent d’évoquer et de mieux comprendre l’An Mil, une période charnière pour la Chrétienté et l’Europe. Une période élargie par Duby (du milieu du Xe siècle au milieu XIe) décrite depuis le XIXe siècle (par Michelet en particulier) comme une période apocalyptique et eschatologique, traversée par les « Terreurs de l’An Mil »…Les historiens comme Duby ont depuis longtemps fait un sort à ces fameuses terreurs : « On a tort de croire aux terreurs de l’An Mil. Mais on doit admettre, en revanche, que les meilleurs chrétiens de ce temps ont vécu une anxiété latente et que, méditant l’Évangile, ils faisaient de cette inquiétude une vertu ». Oui, cet An Mil a bien été aussi porteur d’espoir, au-delà des difficultés de cette époque, avec la multiplication des miracles rapportés comme ceux de Sainte Foy à Conques. L’attente de la Parousie, réelle pour ces ecclésiastiques cultivés, ne représente pas une fin en soi mais l’avènement vers un monde nouveau et meilleur. Voilà bien ce que représente cet An Mil : « L’amorce d’un tournant majeur » nous dit Duby, « le passage d’une religion rituelle et liturgique (…) à une religion d’action et qui s’incarne, celle des pèlerins de Rome, de Saint Jacques et du Saint Sépulcre, celle bientôt des croisés ». Un ouvrage intéressant mais sans doute pas aussi incontournable que « Le Dimanche de Bouvines ».