Un long trajet d'autoroute coincé derrière un gros camion-citerne

Bon, je vais pas me faire que des copains ici, mais je me suis poliment ennuyé à lire ce début de l'Assassin Royal, rythmé par l'exhaustivité de Robin Hobb, qui s'évertue à faire de sa saga de fantasy (ou du moins ce premier tome) une chronique détaillée de son univers. Et indubitablement, tout se tient avec rigueur phénoménale ; le pendant négatif c'est que je trouve ça mou.


J'ai l'habitude de reprocher au fantasy sa simplicité, son côté bas du front et son style maladroit malgré la tentative d'effleurer un souffle épique et d'accéder à la grandeur d'une épopée mythologique. Bon, eh bien une fois n'est pas coutume, ici nous avons affaire à l'extrême inverse, avec une lenteur assumée, une recherche d'authenticité historique, et un style franchement impressionnant pour un genre qui n'a habituellement pas ces exigences, tout en se gardant bien des mises en scène spectaculaires qui feraient frémir les mains pleines de billets d'un producteur américain. Bien loin de l'épopée au sens traditionnel, on patauge ici dans une intrigue de cour bien plus sournoise, insidieuse, intéressante et bien pensée que ce que proposent des textes plus prétentieux et moins aboutis ; ce qu'aurait pu être Game of Thrones (les romans) si la saga n'avait pas fini par attraper son aspect choral un poil boulimique.


Mais tout va bien alors ?

Ben pas non plus. Certains vont y trouver leur compte, et je ne doute pas que la liste des critiques élogieuses d'ici et d'ailleurs le prouvera à qui veut l'entendre, mais en ce qui me concerne, un récit qui ne démarre jamais vraiment (si ce n'est dans les 70 dernières pages qui m'ont donné enfin les palpitations que j'attendais depuis 20 chapitres) et se termine à l'arrache sans rien conclure parce que ACHÈTE LE TOME 2 STP (enfin, la faute à nous autres français qui découpons les intégrales en bouts de tomes), c'est agaçant. Je n'ai rien contre les rythmes traînants voire inexistants sublimés par un style léché, mais quitte à tomber dans cette exhaustivité de la vie tragique d'un jeune homme et de son environnement, des us et coutumes de son époque et compagnie, j'aurais été plus patient avec un vrai livre historique ; je suis ravi de voir une fiction d'imaginaire qui s'évertue à me faire croire à ses inventions au maximum ; cependant j'ai ici enchaîné plusieurs indigestions d'ennui. On s'emmerde, mais toujours avec le respect et les bonnes manières, et ça c'est toujours mieux que l'encéphalogramme plat que m'évoque la badasserie macho de David Gemmell et les longs soupirs causés par Le Prieuré de l'Oranger. Pour autant, j'aurais bien aimé être plus pris dans l'histoire difficile de Fitz, qui connaît tellement de bouleversements que rester de marbre comme ce fut mon cas ne peut que me faire garder en bouche cette arrière-goût de manque émotionnel à combler. C'est peut-être dans la mise en scène, dans le choix de ce qui est montré ou dans la façon détachée de le raconter comme une réminiscence lointaine... Je ne sais pas, peut-être que la suite me prouverait le contraire.


Ma quête du livre de fantasy qui dose de façon équilibrée sa narration et sa construction d'univers pour que j'apprécie pleinement l'œuvre a donc encore de beaux jours devant elle, mais je dois reconnaître à ce livre une intelligence et une plume remarquables, seulement insuffisantes pour maintenir mon intérêt éveillé très longtemps.

Le-Bisclavret
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le 26 déc. 2025

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