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le 9 août 2026
SuivreQu'il est long ce pont...
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Mais que se passe-t-il à l'avant-poste ? Dans une Russie post-apocalyptique dévastée par un événement nommé la Dislocation (rien que ça), on surveille un pont jeté au-dessus d'une Volga devenue toxique et meurtrière. Autour de cet avant-poste s'est constitué tout un village, régulièrement ravitaillé par Moscou. Mais les vivres commencent à manquer tandis que le pont, déserté depuis des années, accueille enfin son premier visiteur, lequel n'a malheureusement pas pensé à apporter l'apéro…
Au téléphone, les interlocuteurs moscovites se succèdent sans que personne fournisse la moindre réponse concrète. L'expression « Moscou ne répond plus » prend alors un sens : la capitale demeure joignable, mais sa logorrhée administrative ne produit que de la vacuité (ah bah ce n'est pas un truc purement français ce problème). Et lorsque les institutions ne répondent plus, ne rassurent plus et ne protègent plus, vers quoi des gens tenaillés par la peur et la faim se tournent-ils ? Je vous le donne en mille : La religion ! le pope le dira lui-même : « Il en va avec les adultes comme avec les enfants : comment parler aux enfants de la vie et de la mort, du sens de la vie terrestre et de son absurdité, si ce n'est par le biais d'un conte ? »
Et puis, il y a Egor.
Egor, adolescent passionné, s'en fout des institutions, des règles, de la religion, de l'autorité de ses parents. Il est motivé par deux passions : son amour pour Michelle et son désir de voyager en tant que musicien. Personnage rêveur, insolent, rebelle, entêté, il devient le personnage le plus raisonnable et le plus lucide face à la menace. Là où les adultes se prosternent devant Moscou, les cosaques ou la parole religieuse, Egor conserve cette faculté apparemment toute bête, mais foutrement précieuse : penser par lui-même. D'autant que la menace, prendra plusieurs formes : monstrueuse, humaine, symbolique ? Et Glukhovsky est fort, il va l'utiliser de manière moins explicite que dans Pontypool de Tony Burgess ou L'Alphabet des flammes de Ben Marcus, mais il va faire de la communication, une menace.
Que raconte alors Glukhovsky ? Que les mots peuvent contaminer les consciences, abolir le jugement personnel et métamorphoser des individus en mouton docile. Il parle du discours de haine, de la propagande, de la peur de l'ennemi et de cet indécrottable atavisme impérial qui pousse à vouloir reconquérir des territoires dont on ne sait même plus rien. On part explorer l'inconnu avec des fusils, quelques certitudes moisies et la conviction grandiose que tout nous appartient : « Et par-dessus le marché, vous nous renvoyez des soldats pour nous conquérir. Vous êtes de nouveau avides de terre et de pouvoir. Eh bien, prenez ça dans les dents. Qu'il n'y ait plus de paix nulle part. S'il doit y avoir la peste, qu'elle s'abatte partout ».
Avant de devenir romancier, Glukhovsky était journaliste : autant dire qu'il avait déjà eu tout le loisir d'observer les mensonges du pouvoir, la propagande et le délitement des institutions russes. Il a simplement poursuivi le boulot dans ses romans, en dépeignant un système absurde, autoritaire et maladivement épris d'obéissance. Visiblement, le pouvoir russe n'a pas beaucoup goûté le portrait : après avoir dénoncé l'invasion de l'Ukraine, Glukhovsky a été déclaré « agent de l'étranger », placé sur la liste des personnes recherchées, puis condamné en son absence à huit ans de prison. Depuis, il vit en exil.
Excellent roman post-apo.
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Créée
le 17 août 2026
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5
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