En adaptant "L’Étranger" d’Albert Camus, François Ozon ne cherche pas à rivaliser avec la version littérale de Visconti(1967), mais à proposer une relecture contemporaine, à la fois plus politique et plus distanciée. Le résultat, s’il impressionne par sa rigueur formelle et la finesse de sa mise en scène, laisse pourtant une impression de froideur calculée qui finit par affaiblir la portée existentielle du récit.
Le pari d’Ozon est audacieux : actualiser un texte mythique sans en trahir l’esprit. En choisissant de dépouiller Meursault (interprété avec une sobriété presque clinique) de toute intériorité visible, le cinéaste prend le parti de l’opacité. Le mutisme du personnage, accentué par la quasi-absence de voix off, traduit bien son détachement du monde, mais ce dispositif finit par instaurer une distance trop grande entre le spectateur et ce héros paradoxal. Là où Camus faisait sentir le vertige métaphysique d’un homme confronté à l’absurdité du réel, Ozon installe un silence pesant qui confine parfois à pas d'émotion du tout.

La mise en scène est élégante, la lumière subtile, et l’on retrouve la sensibilité d’Ozon à explorer les marges du comportement social. L'interprétation de Benjamin Voisin se rapproche parfois plus du mannequinat que du jeu d'acteur. Marie (Rebecca Marder), plus présente ici que dans le roman, apporte une touche de chair et de douceur bienvenue. Mais la volonté de rendre le propos plus politique, en insistant sur le regard de la société, de la justice ou de l’Église, se fait parfois au détriment du trouble existentiel. Ozon éclaire "L’Étranger", mais il en émousse aussi la brûlure.

On admire la cohérence de l’ensemble, sans jamais être bouleversé. Le film se regarde comme un beau travail d’adaptation, intelligent, mesuré, mais un peu trop propre pour rendre toute la radicalité et la violence sourde du texte de Camus.

Radiohead
6
Écrit par

Créée

le 31 oct. 2025

Critique lue 10 fois

L'Étranger

L'Étranger

8

Ze_Big_Nowhere

le 14 août 2014

Suivre
Dernière modification

le 17 août 2014

" L'étranger " pour les nuls

« Aujourd'hui, maman est morte. » lâche Meursault modeste employé de bureau à la joie de vivre digne d'un album de Barbara et au sourire aussi expressif qu'un Michel Sardou entonnant pour la...

L'Étranger

L'Étranger

10

Tom_Ab

le 4 août 2013

Suivre
Dernière modification

le 3 oct. 2013

J'en pleure encore....

Aujourd'hui maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais plus. Probablement une des phrases d'introduction les plus célèbres - on ne compte plus les romans français et étrangers qui ont copié et...

L'Étranger

L'Étranger

8

TheMyopist

le 11 déc. 2012

Suivre

Nous sommes-nous déjà vus ?

"L'étranger", c'est le portrait d'un Indifférent, d'un de ces hommes qui vit, mais pas pour lui, pas pour les autres non plus. Il est juste là, agissant au gré de l'instant, se laissant porter par...

Downton Abbey III - Le grand final

Downton Abbey III - Le grand final

8

Radiohead

le 11 sept. 2025

Suivre
Dernière modification

le 11 sept. 2025

Final au grand coeur

Après avoir vu la série ainsi que les deux films précédents, je vais tout de même écrire quelque chose pour ce "grand final". Treize ans après la fin de la série qui a fait entrer la demeure des...

Materialists

Materialists

6

Radiohead

le 3 juil. 2025

Suivre

Pâle chimie

Avec un titre comme "Materialists" , on pouvait s’attendre à une comédie romantique acide, élégamment amorale, sur les liaisons dangereuses entre l'amour et l'argent à l’ère Tinder. Hélas, le film...

Soudain

Soudain

6

Radiohead

le 26 mai 2026

Suivre

EHPAD utopique

Il y a dans "Soudain" une ambition douce et obstinée , transplanter la langue morale de Hamaguchi, ce Japon intérieur fait de paroles lentes, de silences habités, de réconciliations patientes. Nous...