Je sors, ronflant encore de Kafka, épuisant. Et je tombe, nez à nez, dans une boite à livre, après dix kilomètres de courses à pieds dans le froid, avec son successeur français, Camus. J'avais plutôt détesté La Peste, ses phrases soporifiques et le thème de l'absurde, devenant lui même absurde, m'avaient laissé de marbre.
Or, ici j'ai apprécié l'œuvre pour son honnêteté. Meursault vie en Algérie au bord de la mer, sa vie insignifiante se ponctue de cafés, clopes, copains et de femmes. Il est une sorte d'esprit vagabond, un ubermench pas très uber, même pas très humain. Il n'est mue que d'indifférence, celle du monde croit nous dire Camus mais aucune grandeur ici. Meursault se retrouve à tuer un homme par hasard dit-on, mais aussi parce que le soleil tapait fort sur la tête, et peut-être surtout parce que son assaillant tentait de l'enrichir au couteau. Meursault est jugé coupable, peine capitale pour lui et son flegme légendaire. Enfin dans le couloir de la mort, son altercation avec un curé dévoile les motivations de l'auteur, c'est toute la matière humaine que fustige Camus.
L'homme est un animal anomalique, Meursault (Mourir sot ?), est l'allégorie de cette conscience pleine et vivante. Le monde est absurde, tuer un homme qui nous importune équivaut à écraser une mouche et aucune grandeur ne peut sauver l'homme. Seul un constat subsiste, il mourra tôt ou tard. C'est assez déprimant mais le livre se tient très bien et il est court !