Albert Camus nous présente Meursault, un homme sans histoire, un "étranger" à lui-même et aux conventions sociales, qui ne ressent pas le besoin de ressentir, de pleurer aux enterrements ou de mentir pour plaire. L'histoire suit son parcours vers l'absurde, il laisse passer tout, indifférent aux rites, aux émotions et aux jugements, jusqu'à ce que le soleil aveuglant d'Alger le pousse à commettre l'irréparable, tuant un homme sur une plage. C'est une lecture sans faute, d'une clarté glaciale, où l'on est fasciné par cette indifférence radicale qui choque tant les autres personnages que le lecteur lui-même.
La question centrale, celle qui hante la fin du livre, est terrible : en le tuant, a-t-il réussi à ressentir un brin de vie, ou est-ce que même cette violence est trop absurde pour lui ? On a l'impression que Meursault ne vit vraiment que dans l'instant présent, dans la chaleur du soleil ou la fraîcheur de la nuit, mais que la vieillesse, la culpabilité ou la mort ne peuvent pas le toucher comme les autres. C'est une œuvre qui force à regarder en face notre propre besoin de sens, et qui nous rend presque jaloux de cette liberté de ne pas jouer le jeu, même si ça conduit au bourreau.
C'est un livre court, percutant, Meursault est condamné non pas pour le meurtre, mais pour avoir refusé de pleurer sa mère. C'est une critique féroce de la société qui exige des émotions de façade, et qui nous fait réaliser à quel point nous sommes tous, à notre façon, des étrangers dans notre propre vie.