Construction de mon éducation littéraire par Hypérion – Tome 2

La Lectrice Oubliée


L'Ombre du Vent s'ouvre sur un passage absolument fabuleux. Mon préféré sans aucun doute de tout l'ouvrage. On y découvre un jeune garçon de 10 ans à qui son père fait découvrir, par une matinée à peine entamée, le Cimetière des Livres Oubliés. Le trésor qui s'y cache ne représente rien que la collection de milliers d'ouvrages abandonnés qui attendent d'être lus ou relus. Daniel, notre héros, doit en choisir un, afin de le conserver et de le protéger de l'oubli. Dans les dédales de ce labyrinthe de pages, il découvre L'Ombre du Vent d'un écrivain inconnu, Julian Carax. Le livre l'adopte, lui de même. Il le lit, le dévore, l'adore puis tente d'en savoir plus sur son mystérieux auteur.

L'entrée en matière est donc délicieuse, d'autant plus que l'écriture de Carlos Ruiz Zafon est exquise de détails précieux et savoureuse comme une rivière de chocolat fondu. De plus, il évoque dès les premières pages ce qu'un livre représente pour son lecteur, cette espèce d'alchimie qui peut lier les yeux à la ligne de mots comme si cette dernière avait été rédigée pour soi. Personnellement, ce prologue m'a profondément touchée, et cette écriture de dentellière m'a jeté sur les rails de l'histoire sans que je puisse m'en défaire.

La suite du roman conduit Daniel, devenu adolescent, sur les traces du romancier. Une douzaine de personnages surgissent, à la fois de l'existence narrée de Julian Carax, mais aussi de celle de Daniel. Les deux destins semblent par moment n'en faire qu'un, à travers un montage astucieux et déroutant de l'auteur. A aucun moment Carlos Ruiz Zafon ne nous perd. Au contraire, il nous tient par la main pour nous faire rencontrer des personnages aussi attachants que Nuria Monfort, autrefois femme fatale, mais amoureuse éperdue de celui qu'il ne fallait pas, ou encore Fermin Romero de Torres, l'ex-clochard embobineur.

La trame, le squelette du récit est assez captivant pour que l'on se jette dans le livre par vagues de plusieurs dizaines de pages, même si, et c'est ce que je trouve dommage, l'auteur nous en dit trop dès le départ, dévoilant presque tout son jeu d'entrée de partie. Peut-être veut-il nous dire qu'au fond, les intrigues n'ont pas d'importance et que seuls les personnages, véritable ciment du livre, doivent nous être précieux.
Je lis peu, c'est indéniable, mais je crois qu'ils ont été assez rares les moments où j'ai eu la sensation que je pouvais toucher du doigt les personnages. L'auteur prend un soin d'orfèvre pour nous dépeindre toute sa galerie de personnalités, jusqu'au vieux concierge qui n'apparait que sur une page.

L'Ombre du Vent est un livre qui prend son temps mais ne souffre pourtant d'aucune longueur. L'intrigue se déroule, Daniel grandit sous nos yeux, dans cette Barcelone mystérieuse, grise et froide sans qu'on ne se rende compte de rien.

Un bien beau roman donc, qui décrit parfaitement l'amour qu'un lecteur peut avoir pour un livre. J'y ai, pour ma part, découvert une énorme sensation de confort et de bien être, en comprenant que, comme l'écrit si bien l'auteur, un livre est à la fois le miroir de l'écrivain et celui de son lecteur. Chacun voit dans une œuvre d'art ce qu'il veut bien voir, à travers son histoire et ses sentiments. Certains s'identifieront à Julian, l'écrivain maudit, d'autre à Daniel, à la curiosité insatiable et d'autres encore à la fureur vengeresse de Fumero, l'ennemi de toujours.
Pour ma part, j'y ai retrouvé l'amour des mots, la mélodie des phrases et le bonheur indescriptible de prendre du plaisir à lire.

Merci Hypérion.
Before-Sunrise
8
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Le 28 novembre 2011

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