Alex est un jeune garçon de quatorze ans, il vit dans un monde qui n'est pas si éloigné du nôtre, où la violence est devenue reine. Le soir, accompagné de sa bande de "drougs" (comprenez potes), il sème la terreur dans la ville, shootés au lait gonflé de drogues, car l'alcool est interdit. Malgré les efforts d'un état policier qui lance ses sbires à la poursuite des délinquants de plus en plus jeunes, cela n'a guère d'effet sur Alex et ses amis si ce n'est d'ajouter du piquant à leurs délits. Ses parents ont depuis longtemps jeté l'éponge, tyrannisé à la fois par leur propre fils et par leur gouvernement. Les maisons de redressement elles non plus n'ont pas calmé ses tendances agressives. A la prochaine récidive, son médiateur l'a prévenu, ce sera la prison pour adultes, mais cette menace ne semble pas émouvoir le jeune rebelle. Une chose le tracasse cependant, étant le chef auto-consacré de sa bande, il sent son pouvoir lui échapper. Il fait même un rêve où il est battu à mort par ses amis. Le soir même, quand il les rejoint, ils lui annoncent qu'ils en ont marre de la façon arbitraire dont il gère le groupe, et finissent par lui dire qu'ils ont de nouveaux plans. Ils veulent notamment cambrioler des maisons dans des quartiers riches car ils ont découvert l'existence d'un receleur très généreux. Ils proposent à Alex de tester aussitôt la combine, ils se rendent donc dans les faubourgs de la ville. Ils trouvent une maison habitée par une vieille dame, ils essaient d'abord l'une de leurs stratégies habituelles, faire croire qu'un ami est blessé et qu'il leur faut un médecin. La femme ne se laisse pas prendre et refuse de leur ouvrir la porte, Alex décide alors de passer par une petite fenêtre au dessus de celle-ci, d'assommer la locataire et d'ouvrir la porte à ses drougs. Mais une fois à l'intérieur, il change d'avis, il va faire le vol "soli-solo". La maison est infestée de chats, et il trébuche dans leurs coupelles de lait en tentant de frapper la vieille, celle-ci réussit à se défendre et le cogne jusqu'à ce qu'il s'évanouisse. A son réveil, il n'y a plus aucune trace de sa bande et il est emmené par les milichiens (la police). Cette fois-ci il ne pourra pas couper à son emprisonnement.

L'Orange Mécanique est un livre particulier, dystopie (ou contre-utopie) dans un monde totalitaire qui ressemble à certains endroits de notre monde actuel, des ados livrés à eux-mêmes qui tombent dans l'ultra-violence, des parents dépassés, un gouvernement destructeur. La grande question philosophique soulevée par Burgess est finalement une question millénaire, celle du lien entre liberté et choix. Déjà chez les grecs la liberté était intimement liée à la notion de choix, dès que l'on faisait un choix, l'on exerçait notre liberté. Descartes est allé plus loin en disant que même lorsque l'on décidait de ne point choisir entre deux options, on faisait encore fonctionner notre liberté, qu'il nomme "liberté d'indifférence". Dans le roman, on tente par des procédés médicaux de guérir Alex de la violence, le forçant à faire le "bon" choix, même si a priori il s'agit d'une entreprise louable, on lui ôte par là toute possibilité d'être libre, et donc humain. Les dérives politiques sont aussi critiquées avec force ironie, dans la manipulation des média et des individus. Le personnage d'Alex, ou Votre Humble Narrateur, est caustique, jamais découragé, toujours prêt à en découdre. Malgré ses côtés atroces il voue une véritable passion pour la musique classique, ce qui l'humanise et nous aide à nous attacher à lui malgré ses crimes odieux. L'écriture peut faire penser à l'Attrape-Coeurs de Salindger, de par le narrateur adolescent qui ajoute son propre argot dans le récit, toutefois dans ce roman-ci, c'est beaucoup plus marqué. On se trouve face à un véritable nouveau langage, l'auteur a même mis un lexique de plusieurs pages à la fin du livre pour que l'on puisse suivre l'intrigue. Au début on s'y rend plusieurs fois par phrase, ce qui est plutôt gênant, mais très vite, au bout d'une quinzaine de pages en ce qui me concerne, je n'en ai plus eu besoin, me fiant au contexte et aux ressemblances étymologiques j'arrivais dans la plupart des cas à deviner les mots que je ne connaissais pas encore. Le parler d'Alex comprend des intrusions de russe et de manouche et des anglicismes détournés. A la lecture de ce livre, j'ai situé nombre de références dans d'autres livres, films ou même musicales que je n'avais pas comprises alors. L'Orange Mécanique a marqué sa génération, et continue de séduire de nouveaux lecteurs aujourd'hui par ses propos intemporels et son héros rebelle au possible auquel secrètement on a tous envie de s'identifier.

L'Orange Mécanique a été adapté au cinéma par Stanley Kubrick en 1971.
Diothyme
9
Écrit par

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Le 14 mai 2011

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22 commentaires

L'Orange mécanique
Diothyme
9

Bleue comme une orange

Alex est un jeune garçon de quatorze ans, il vit dans un monde qui n'est pas si éloigné du nôtre, où la violence est devenue reine. Le soir, accompagné de sa bande de "drougs" (comprenez potes), il...

il y a 11 ans

17 j'aime

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L'Orange mécanique
lcs_hbr
9

Ce livre ne parle pas de fruit.

Voyez, O mes frères, comment Votre Humble Narrateur, un tchelloveck comme un autre se retrouve face à la dure réalité de la jiznée des adultes. Alex de Large, 14 ans, maltchickicaïd anglais...

il y a 9 ans

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L'Orange mécanique
Boubakar
8

Enfer linguistique.

Je ne lis pas beaucoup de livres hors cinéma (une dizaine par an), mais je voulais lire celui-là, ne serait-ce que pour comparer au film de Kubrick, et pour savourer le talent d'écriture de Anthony...

il y a 10 ans

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Diothyme
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Allez reviens gamin...

Enfin ma malédiction avec ce film est rompue, j'avais essayé de le voir, deux ou trois fois mais à chaque fois j'ai dû arrêter au milieu contre mon gré, pourtant il me plaisait bien. Je comprends...

il y a 11 ans

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