Du luxueux cabinet parisien au bar miteux d’Amsterdam, Jean-Baptiste Clamence nous dévoile sa sombre existence narcissique à travers un monologue où vanité, tromperie et hypocrisie règnent en maître. Alors qu’il fut dans son passé l’homme qu’il rêvait d’être aux yeux d’autrui, c’est-à-dire l’avocat bienveillant et estimé par sa générosité et son altruisme, Clamence s’inflige son hypocrisie par introspection et se fait le juge-pénitent de ses actes intéressés réalisés pour faire croître un amour propre outrancier. Il culpabilise également de ses omissions à l’instar de la scène brutale que ce-dernier a vécu au bord de la Seine où la lâcheté et l’impuissance l’ont contraint à laisser choir l’être humain qu’il méprise tant. Il se rendit compte à cet égard de la puanteur de son esprit et expie ses péchés avec remords en admettant que sa personnalité individualiste l’a mené à sa perte. Par ce récital en deux phases où Camus expose la déchéance progressive d’un homme qui a pourtant d’un point de vue extérieur tout pour réussir professionnellement et sentimentalement, le lecteur se rend peu à peu compte de la frivolité du bien quand il s’imprègne du mal et plus précisément de l’étanchéité de nos actes valeureux noyés par l’intérêt.