En lisant ce roman, deux évidences me sont apparues.
1°) J'aime Arnaldur Indridason. Cette fois, c'est officiel. Ce nouveau roman a confirmé, à mes yeux, les talents de l'auteur islandais, qui devient, pour moi, LE grand écrivain nordique de polars (enfin, je dis ça, mais je ne connais pas encore assez bien Mankell).
2°) Indridason ne doit sûrement pas travailler au ministère islandais du tourisme. Ou alors, si c'est le cas, il faut le virer au plus vite. Car, au fil de ses romans, il dresse une image bien sombre de son pays, entre folie, ivrognerie, incestes, violences, etc. mais c'est ce qui caractérise les romans noirs : pas seulement raconter une histoire criminelle mais plonger dans les bas-fonds de la société et mettre en évidence les aspects les plus enfouis, les plus cachés. Et pour ça, le Indridason, il est très fort.
L'histoire commence d'une façon pour le moins saugrenue. Lors d'une fête d'anniversaire, un bébé d'un an se promène avec... un os humain ! Découverte qui permettra aux policiers de mettre à jour un squelette enterré depuis environ 70 ans (soit aux environs de la Seconde Guerre Mondiale) dans ce qui était alors la pleine campagne (et qui a été rattrapé maintenant par les faubourgs de Reykjavik).
L'une des grandes originalités du roman, c'est qu'on ne saura rien du corps avant la fin. Entre autre, on ne connaîtra le sexe du squelette que quelques pages avant la fin. Ce qui va permettre à Indridason d'étaler son suspense jusqu'au bout. Et ce qui, bien entendu, ne facilitera pas l'enquête d'Erlendur, le policier principal des romans de l'Islandais.
En parallèle avec l'enquête, Indridason nous raconte l'histoire d'une femme qui subit constamment les violences de son mari. Histoire hélas quotidienne et sans surprise, mais qui montre bien tout le processus de renfermement sur soi, d'acceptation résignée de ce sort monstrueux. On se doute que cette histoire, dont les épisodes arrivent à rythme régulier, aura un rapport avec l'enquête, mais là aussi Indridason ne nous facilite pas la tâche : on ne connaît pas le nom des personnages ni l'époque où se déroule l'histoire.
A ce passionnant et douloureux roman policier s'ajoute une réflexion très intéressante sur la famille, le rôle de la famille, les relations entre parents et enfants, etc. Et surtout l'influence des parents sur leurs enfants. Ainsi, on apprend, au détour d'un bref dialogue, que ce mari qui bat sa femme a été lui-même témoin, enfant, de ce type de comportement. Et Erlendur, le policier qui mène l'enquête, a lui-même eu une attitude déplorable dans le passé, abandonnant littéralement sa femme et ses enfants. Et se retrouve, plusieurs années plus tard, face à ses responsabilités et ses remords, en contemplant sa fille, droguée, enceinte et dans le coma.
Alors, oui, c'est sombre, mais c'est très bien écrit, très bien organisé, le suspense se distille jusqu'au bout, avec son lot de fausses pistes, et Indridason continue avec le thème des disparitions, qui sert de fil rouge à tous les romans mettant en scène Erlendur. Un très bon roman, plusieurs fois primé, qui confirme le talent de cet auteur.