"La maison vide" est archi comble. Pleine de gens, d'événements (souvent dramatiques), de souvenirs, d'âmes errantes, de descendants, de meubles, de traces, de preuves.
"La maison vide" offre une chronique familiale pendant la première moitié du XXème siècle et à travers le portrait de trois femmes, mères et filles, aïeules de l'auteur, si j'ai bien compris.
Dans un style zolien très descriptif, très détaillé et à mon goût trop souvent bavard, Laurent Mauvignier dresse une fresque de la soumission domestique des femmes à la société patriarcale provinciale et bourgeoise, détentrice du foncier.
Les femmes apparaissent ici dans un réalisme dénué de tout romantisme ; les nombreuses allusions aux Rougon-Macquart me font penser que l'auteur cherche à se hisser au même niveau littéraire mais pour moi, il reste encore bien du chemin quoique le style soit maîtrisé et traversé de belles fulgurances. La dimension dramatique enfle au fil des pages, écrin de destins contrariés, décor d'une émancipation féminine nuancée de désillusions.
Le roman est un gros pavé dont la narration se partage grosso modo entre les deux conflits mondiaux. Si j'ai pris plaisir à ma lecture, je me suis aussi bien souvent ennuyée car le style de Laurent Mauvignier souffre de redondances et de répétitions lexicales qui donnent l'impression de relire certaines phrases.
Enfin, je crois que je fais réellement une overdose de récits de la vie quotidienne en temps de guerre. Que reste-t-il encore à écrire sur les femmes aux champs en 14-18 et sur l'Occupation nazie vingt ans plus tard ? Passe encore à la limite pour la Première Guerre mondiale mais je sature complètement concernant la Seconde. "La maison vide" ne m'a rien appris de plus sur cette période et sur ses multiples et terribles impacts sur la population française. J'ai au contraire eu l'impression de relire une fois de plus une histoire mille fois rapportée.
Au final, une découverte intéressante mais pas inoubliable ; et même si j'ai veillé à ne pas me laisser trop influencer par mon récent coup de coeur pour "Kolkhoze" d'Emmanuel Carrère - l'autre finaliste du Goncourt général 2025 -, je dois dire que pour moi "La maison vide" ne supporte pas la comparaison avec cet autre témoignage biographique et familial qui m'a davantage touchée au coeur.