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le 17 déc. 2017
Suivre"On appelle cela une vie !"
Sous certains aspects, on pourrait dire que La Métamorphose de Kafka constitue l'entrée dans le XXème siècle. Non que le sujet du livre soit, a priori, très innovant. Le thème de la...
J’ai lu plusieurs fois La Métamorphose, et à chaque lecture j’en ai tiré un angle nouveau, une nouvelle façon d’aborder la nouvelle et de la ressentir. C’est un texte relativement court mais d’une densité littéraire et symbolique immense, qui parvient à la fois à porter un regard sur l’individu (le dégoût de soi-même, la perte d’humanité, un certain fatalisme existentiel) et sur le système (aliénation des travailleurs, personne reléguée au rang de fonction, cercles familiaux régis par le patriarcat et la pression). Le tout saupoudré d’éléments quasi-freudiens sur l’intimité familiale et la pulsion qui prévaut au moment où Samsa devient moins conciliant.
Le style est brillant, il crée un décalage de ton oppressant en opposant le réel au fantastique, on obtient un mélange de grotesque et de tragique parfaitement dosé, sans aucun pathos, ne laissant qu’une sombre descente aux enfers découpée en 3 axes : transformation, adaptation, abandon / échec. Le faire de n’avoir que le point de vue de Samsa la plupart du temps renforce l’atmosphère cloisonnée et angoissante, et cela couplé au narrateur à la 3ème personne, froid, distant, embrassant cet aspect bureaucratique, sert le décalage de ton créé dans le récit. Le huis clos fonctionne à merveille, on s’imagine dans cette sinistre pièce avec Gregor tout du long, à s’adapter à la condition nouvelle et ne suivre ce qui se passe qu’avec la serrure et les bruits.
Les premières pages sont phénoménales, on ne sait pas si on doit rire ou pleurer devant le grotesque de la situation. Le mélange entre prise de conscience et espoir vain de pouvoir gérer la situation donne un flou immersif et constitue une vraie force de proposition, en amorçant le côté fataliste et déprimant de la narration.
La mise en contexte liée à la vie de Kafka permet d’autant plus de ressentir l’angle de l’individu qui se sent pourrir, en marge du système social et de sa famille, qui à la fois déteste ces derniers mais se sent médiocre et pesant malgré sa bonne volonté. Par ce style radical et sa structure par la dégradation, Kafka nous déprime, nous fait viscéralement ressentir le désespoir de Samsa.
J’aime également le fait que les parents ne soient jamais nommés, ce choix couplé au point de vue interne permet d’humaniser Gregor et de l’opposer à des figures floues, presque mythiques / symboliques. Grete se fait nommer au début avant de progressivement devenir « la soeur », quand elle perd sa bienveillance innocente et devient hostile à son frère. Les personnages supposent que Gregor ne comprend plus rien, on lui refuse son empathie, on la prend, on l’humilie quand il veut simplement écouter de la musique, on le réduit au statut de monstre plus qu’il ne le fait déjà lui-même en se flagellant. Tout le monde est contre Gregor, y compris lui-même, et une fois qu’on a saisi cette double dimension, le texte ne parait que plus génial.
Le texte est considéré comme difficile à classer et ça contribue selon moi à en faire un chef-d’oeuvre, c’est un texte unique, qui prend des partis pris radicaux sans céder à aucune facilité, il est représentatif d’une époque et constitue une expression honnête et introspective l'auteur. Jusqu’au-boutiste, dense, brute, puissante, désespérante : grande nouvelle.
Créée
le 27 janv. 2026
Critique lue 4 fois
10
le 17 déc. 2017
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