décidément, je trouve que Louise Mey a l'art d'écrire très justement et sans artifice les faces les plus sombres de l'humanité.
Dans la sans-visage, on va donc suivre Clara, qui a économisé et travaillé pour se payer une place en colonie de vacances, afin d'y retouver son amie Aïssa. Aïssa a changé de collège, donc Clara veut vraiment en profiter, quitte à s'inscrire dans cette colo sportive, elle qui n'est pas spécialement fan d'activité physique. Que ne ferait-on pas par amitié!
Lors de cette colonie, outre Aïssa, Clara va se retrouver avec plusieurs autres adolescent-e-s, dont Eléonore, rapidement prise pour cible par d'horribles petites pestes s'amusant à la surnommer Babar, sous les rires gras d'autres ados. Puis ces noms d'oiseaux ou d'éléphant vont progressivement devenir plus dur, voir même déborder la parole pour se concrétiser en blessures physiques.
Les adultes dans tout ça? 1 moniteur, qui est en réalité plus proche des ados qu'il et censé encadré, faisant fi du cadre et préférant se la jouer cool, et une moniteure, qui essaye de maintenir le cap, le projet globale, au risque de ne plus voir ce qu'il se passe au quotidien.
Et la place de Clara dans tout ça? c'est là que le roman est fort. Clara ne participe pas activement à ce harcelement. Et en même temps elle ne fait rien pour y mettre fin, voir même rajoute parfois un grain de asble sufissament lourd pour que la balance penche du côté de la souffrance d'Eleonore. Mais si ça permet à Clara de grapiller quelque secondes avec son amie Aïssa, que ne ferait-on pas par amitié!
Le roman propose des allers-retours à chaque chapitre, entre le présent et la disparition d'Eléonore, l'enquête pour la retrouver ; et le avant, le début de la colo, la mise en place d'un système où l'absence d'empathie peut venir faire aussi mal qu'un coup de rame ou une chute en vélo.
Le caractère systémique du harcélement est briallement mis en lumière dans ce roman. Loin de faire porter la faute au seul acteur direct, on voit comment détourner le regard, ne rien dire, sourire par réflexe à une mauvaise blague... comment tout ces petits gestes viennent nourrir le feu destructeur du harcèlement.
Jusqu'à effacer les traces de la personne viser. Jusqu'à la laisser sans visage.
Le roman passe à côté d'une fin plus surprenante (ce qui était le fort des autres romans de l'autrice que j'avais lu), mais s'épargne peut être ainsi une fin grand guignolesque ; mais rate par la même de nous achever avec un bon uppercut. Ici, la sobriété de la fin permet sans doute de laisser toute la lumière au cœur du sujet du roman qu'est le harcèlement, et c'est sans doute mieux ainsi.