Comment finir en reptile et kiffer sa life : tu te balades tranquillou avec ta femme et un pote dans une galerie marchande, et BAM, un crocodile t'avale tout cru. Normalement, c'est la fin du game.
Bah non, pas pour Ivan Matveïtch. le malheureux englouti continue à causer peinard depuis l'estomac de la bête. Pas de panique, pas de cri, juste une nouvelle perspective sur la vie.
C'est peut-être cela la solution à tous les maux de l'humanité.
Elle est peut-être là, la réponse à ce brouillard mental. Je vois la moisissure sur ce mur, ses plocs qui gouttent dans cette cheminée pourrie, et mon sens de la vie réduit à de la détresse, des angoisses et des incertitudes.
Alors que la réponse se trouve peut-être dans le corps d'un Crocodylidae! Oublie la douleur ! Oublie l'odeur de poisson pas frais ! Oublie ce vertige existentiel qui dévore mes pensées et consume la flamme qui m'anime ! Oublie mon abîme intérieur imbibé de béances ! La clarté d'esprit made in reptile.
Mais l'histoire ne s'arrête pas là. le Crocodile n'est pas juste une expérience existentielle sous acide. S'ensuivent alors de grands débats philosophiques sur l'économie des crocodiles : faut-il libérer Ivan ou capitaliser sur son cas ? N'est-ce pas une occasion rêvée pour attirer les curieux ? Un cadre idéal pour la réflexion ? Après tout, pourquoi ne pas simplement s'accommoder de l'absurde ?
Tuer la bête? L'Allemand propriétaire du monstre demanderait des compensations, Ivan exigerait des indemnités, l'administration croulerait sous la paperasse. Alors mieux vaut ne rien faire et transformer l'accident en business.
Si certains trouvent surprenant que Dostoïevski s'aventure dans l'absurde, il ne faut pas oublier que ce registre est souvent lié à des questionnements existentiels, un terrain de jeu bien familier pour le maître russe. Et ici, il s'en sert pour sulfater la bureaucratie.
De toute façon, avec du recul et de la réflexion, je ne pense pas que je serais très heureuse dans le corps d'un crocodile.