Le loup des Steppes a été écrit il y a plus de 100 ans et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il n'a pas pris une ride. Et, au delà de ses qualités littéraires, les raisons à celà sont au demeurant assez simples: le récit, bien que situé dans l'Allemagne de l'entre deux guerres, n'a pas pour vocation de traiter des événements ou des problématiques propres à cette époque (qui restent cependant présents en toile de fond), mais de nous parler de la nature humaine dans tout ce qu'elle a de plus universel.
En celà le livre nous brosse le portrait d'un pur intellectuel, sans véritable vie sociale, replié sur lui-même et ses pensées, comme il en existe partout -du moins en occident- et à toutes les périodes.
Ça peut paraître un peu étriqué relaté de cette façon, mais le personnage va évidement faire des rencontres décisives et évoluer dans son rapport à la vie. Sans oublier que sur le plan analytique et philosophique le livre est vraiment dense et passionnant. Plutôt que de s'éparpiller dans des descriptions ou des intrigues secondaires il reste totalement centré sur sa thématique en creusant et analysant toujours plus profond, un peu comme s'il voulait scruter les âmes.
Raconté comme ça, Le loup des Steppes paraît un peu pesant et l'est (inévitablement) parfois, mais si on met de côté tout l'aspect analyse psychologue, il reste assez surprenant et déroutant dans sa narration. On commence avec quelque-chose de trés austère ou l'on suit un bonhomme solitaire dans sa petite vie menée sans véritables contraintes ni échanges avec le monde extérieur, en adoptant d'abord le point de vue d'autres personnes, puis le sien. Ensuite, on opère un virage à 180 degrés, vers le monde de la nuit, des courtisanes et même de la drogue. Avant de basculer, enfin, dans un univers à la David Lynch dans le dernier quart du livre. C'est d'une virtuosité assez épatante. Pourtant, malgré tous les personnages hauts en couleur qui font leur apparition et les changements de décor, le récit ne perd jamais le nord et sa trame reste purement existentielle et centrée sur le parcours humain et spirituel de son personnage principal.
Le seul reproche que l'on pourrait faire au livre de Hermann Hesse, c'est peut-être son invraisemblance. On a effet un peu du mal à imaginer que dans la vraie vie et peu importe le pays et l'époque, un vieil ermite taciturne de prés de 50 ans (ce qui équivaudrait à prés de 70 ans aujourd'hui, espérance de vie s'étant beaucoup rallongée), soit soudain prêt, comme ça d'un coup, à se remettre en question, à sortir de ses habitudes et à s'ouvrir aux autres.
Mais bon, en même temps s'il ne le faisait pas il n'y aurait pas d'histoire et pas de livre tout simplement. Puisque tout repose là dessus. Il faut donc bien l’accepter et on le fait finalement bien volontiers, Le loup des steppes n'ayant pas vocation à être forcément réaliste mais avant tout un récit philosophique et initiatique. Et sur le plan là il est vraiment réussi sur tous les points.