Le poids de la neige est le premier roman qui - il y a presque huit ans - m'a ramenée à la lecture en me faisant découvrir la littérature québécoise. Je porte donc une affection toute particulière à l'égard de ce texte, que j'avais alors lu sans savoir qu'il constituait le deuxième tome d'une trilogie. De fait, l'ouvrage de Christian Guay-Poliquin s'aborde très bien sans préambule. Il passe également avec brio le test de la relecture - cette fois après en avoir dévoré le premier tome (voir ma critique ici).


Publié en 2016, Le poids de la neige s'inscrit pleinement dans ce mouvement littéraire québécois contemporain que Benoît Mélançon appelle "École de la tchén’ssâ" (comprendre chainsaw, la tronçonneuse), ou encore dans la "ruralité trash" de Mathieu Arsenault. L'univers, principalement masculin (on ne compte que très peu de personnages féminins, tous secondaires) est empreint de fragilité alors que le narrateur a les deux jambes brisées dans un accident de voiture, tandis qu'une coupure d'électricité majeure paralyse le pays et rend la survie incertaine en région. Ainsi privée de technologies (soin, communication, transport, approvisionnement...), c'est une ruralité exacerbée et quasi-fantasmée que le texte donne à lire. La forêt y est omniprésente, le narrateur logeant en retrait d'une ville qui n'a plus grand chose du centre urbain. L'apocalypse se déroule sans fracas ni zombies, dans le calme terrifiant de la neige qui s'accumule et ne fondra pas avant la fin de l'hiver...


Outre les très belles descriptions de la nature et de son évolution au gré des nuances météorologiques, Le poids de la neige est porté par une écriture sobre et délicate, à la fois réaliste et poétique. Toutefois, le texte est loin d'être contemplatif, et les actions ne manquent pas dans ce huis clos avec l'hiver. Si la trame narrative peut apparaître convenue de prime abord, le déroulement classique d'une histoire où l'homme ressort vainqueur face à l'adversité semble mis à mal au fur et à mesure que la nature investit le récit. Ainsi, loin de toute nostalgie passéiste, Guay-Poliquin dévoile progressivement la faillibilité inscrite au creux de nos de vies, mais propose du même coup un véritable manuel de survie - notamment quant à la nécessité de faire société.


Un texte qui aura probablement sa place dans les manuels scolaires québécois d'ici peu - quand on enseignera la littérature des années 2010. Dommage que la place des femmes soit si marginale et stéréotypée.

Créée

le 8 mars 2026

Modifiée

le 13 mars 2026

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Carla Minutie

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