Andreï Makine revient sur ce qu'il appelle sa francité : comment une française, qui s'avère être la grand-mère du narrateur, échoue au fin fond de la steppe avec une valise pleine de coupures de journaux qui n'ont plus de sens dans leur nouvel environnement.
Et comment, bien plus tard, ces fameuses coupures acquierent une nouvelle vie, par un petit-fils avide de comprendre ce qui le rend différent de ses camarades.
Comment cet univers différent a nourri la vocation de conteur d'Andreï Makine, lui qui était avide de partager ses lectures et sa connaissance d'un univers ignoré de ses camarades.
Cela commence par des photos. Un point de départ idéal quand il s'agit d'évoquer des souvenirs. Andreï Makine semble s'abandonner à la rêverie qui était celle du petit enfant confronté à ces photographies. Le récit avance de manière indolente, capturant des images et de vagues réminiscences.
Même alors que le récit s'organise de plus en plus, devenant la chronique de l'enfance d'un petit garçon différent dans un pays où la différence est au mieux suspecte, les images restent, saisissantes. Le Testament français avance ainsi, de moment fort en moment fort, tandis que se dévoile la vie de Charlotte, et l'incongruité de sa présence dans un tel environnement.
Le tout dans une écriture ciselée, d'une belle intensité. Comme si la plaisir d'écrire enfin en français, la langue fantasmée enfin licite, emportait tout.
Jeune homme enfin de l'autre côté du rideau de fer, notre narrateur rêve de faire venir sa grand-mère, de la réintégrer dans son environnement "naturel". Mais cela ne sera pas : la grand-mère a beau avoir gardé ses origines françaises comme un souvenir de son exception, elle est russe, parlant aussi bien le russe des campagnes que les autres "babouchkas", dont elle se distingue malgré tout par une élégance préservée.
Ce français qu'elle gardait dans un recoin de son âme, et dont elle redécouvrait avec plaisir la sonorité en le parlant avec son petit-fils, à lui d'en faire ce qu'il souhaite, elle le lui lègue.
En testament.