Jean Valjean, Cosette, Javert, Thénardier, … Autant de personnages aujourd’hui inscrits dans l’inconscient collectif. Et pourtant, qui a réellement lu, dans sa version intégrale, cette bible, cette œuvre, que dis-je, ce monument littéraire que sont les Misérables ?
Nous sommes face à une véritable encyclopédie, une histoire de l’après-révolution, s’inscrivant pleinement dans la naissance du Romantisme. Car oui, les Misérables, ce n’est pas n’importe quelle histoire, c’est une Odyssée, le portrait d’une époque malmenée, marquée par les désillusions de la Restauration d’une France vaincue où les protagonistes, les petites gens, tant bien que mal, cherchent un sens à leur existence.
Les Misérables n’est pas une œuvre facilement accessible, contrairement, sûrement, à la panacée d’adaptations cinématographiques, musicales, ou autres, permettant aux « spectateurs » de ne connaître que la surface de l’Histoire. C’est une rédemption, une quête de la bonté et de l’idéalisme que nous conte le grand Victor Hugo, dans son style et son époque. Oui, l’on traverse de mornes plaines à plusieurs reprises, et pourtant, l’on souhaite savoir ce qu’il adviendra dans cette vaste comédie humaine et par dessus tout, apprendre.
Chacun y trouvera son compte, que ce soit philosophiquement, historiquement, ou encore dans la prose littéraire. L’on fleurte entre le théâtre et le roman à l’eau de rose, l’épique et le pathétique, le cours d’histoire et peut-être même la psychanalyse.
Pourquoi lire Les Misérables aujourd’hui, malgré d’évidents passages surannés ? Parce que cette œuvre nous parle, nous transporte, nous évoque la condition humaine imbriquée dans son temps et son époque. Oui, comme toute œuvre démiurgique, l’on peut souvent se décourager, s’ennuyer, ne pas comprendre où l’auteur veut nous porter, regretter des messages naïfs. Et pourtant, une fois l’œuvre achevée, l’on se dit que l’on a fait un voyage avec plusieurs passages marquants. L’on a traversé la France, des montagnes des Basses Alpes aux bords de la Manche, l’on a connu le Paris pré-haussmannien, partagé les passions de Marius, les affres de la conscience de Jean Valjean, le dogmatisme de Javert, l’hypocrisie de Thénardier. L’on a croisé une myriade de personnages secondaires pris dans la grande Histoire. L’on se sent grandi et pourtant, infiniment petit. Car, comme nous l’écrit Hugo : « Ce livre est un drame dont le premier personnage est l’infini. L’homme en est le second ».
Les Misérables est une œuvre intemporelle, dense (trop sans doute), mais qui parlera à chaque génération et qui nous permettra d’en apprendre davantage sur nous-même, avec le recul nécessaire de notre époque contemporaine.
Mettre une note, c’est comme inscrire un graffiti sur Notre-Dame. Celle-ci retranscrira donc, subjectivement, un ressenti sur une échelle d’œuvres appréciées.