C'est Nietzsche qui la lui impute, en tout cas. Et en lisant Médée, on comprend pourquoi : certes, c'est une tragédie, dans laquelle il y a un choeur, des annonces tragiques, une idée de transcendance fatale, de la crainte et de la pitié... Bref, ce qui fait une tragédie.
Mais il n'y a pas que ça : il y a, en plus de l'action, des analyses psychologiques, des analyses qui ont l'air assez froides et qui brisent un peu, je trouve, le rythme de la tragédie pour lui donner presque un côté comique. C'est comme si, imaginez, je me lamentais parce que j'allais mourir d'une grave maladie, et que soudain je m'interrompais en disant "Tiens, mais où sont les pépitos ? J'étais sûre de les avoir laissés sur la table !" pour reprendre comme si de rien n'était mes lamentations.
Ce n'est donc pas pour rien qu'Euripide est le dernier poète tragique. Moins de célébration des héros légendaires et en contrepartie, une sorte de dépouillement assez austère qui empêche d'y croire complètement.

Il y a pourtant de grandes qualités dans Médée : tout d'abord, cette volonté descriptive, explicative, est très novatrice pour l'époque et fait d'Euripide un poète encore très lisible aujourd'hui. De plus, Euripide est le premier à utiliser la matière de la légende de Médée pour écrire une tragédie, qui inspirera de nombreux écrivains (Sénèque, Corneille, Anouilh... notamment).

L'histoire est du reste extrêmement intéressante : Médée, femme de Jason, qu'elle a aidé à s'emparer de la Toison d'or par amour grâce à ses pouvoirs de magicienne, est répudiée par celui-ci pour une autre femme, la fille de Créon roi de Corinthe, qui se trouve être une princesse alors que Médée, qui s'est exilée de sa patrie et a même tué son frère dans sa démence amoureuse, n'a évidemment ni ce statut ni ces richesses (ouf, pardon pour la phrase de trois kilomètres). Médée crie donc vengeance : elle décide de tuer la pauvre petite princesse, Jason, Créon, et même ses enfants (vous inquiétez pas je vous spoile pas, on l'apprend dès la première page), pour des raisons bien compliquées que je vous laisse découvrir. Médée n'est pas simplement une folle qui déraille, Médée est une femme désespérée, égoïste, dangereuse, éperdue - très paradoxale, puisqu'à aucun moment elle ne veut se donner la mort, puisqu'elle tient assez à la vie pour tuer tous ceux qui l'entourent et qu'elle aime et se réfugier par la suite chez Egée.
Le personnage est donc fort, la légende fondatrice. Un interdit qui a traversé les siècles et qui peut encore aujourd'hui interroger, frapper le lecteur. Médée est un type, Médée est puissance terrifiante.

Bref, le personnage de Médée donne à la tragédie éponyme un sel inaltérable. Et si je trouve que la tragédie d'Euripide n'est pas la meilleure tragédie qui soit (il faudrait se demander pourquoi concrètement ses tragédies sonnent le glas de la tragédie), elle a le mérite de faire considérablement avancer la littérature et d'être intéressante pour ses caractères. Pourquoi pas, donc.
Eggdoll
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Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Théâtre, tout ce que j'ai lu. J'en ai vu, mais bon, je préfère le lire.

Créée

le 19 mars 2012

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