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le 21 févr. 2014
SuivreCritique de Nana par Gwen21
Pour pleinement percevoir la puissance et l’impact de « Nana », neuvième volet de la série des Rougon-Macquart, il faut se livrer à l’exercice de se projeter en pensée en 1880, date de sa...
Présentation du texte :
Dans Nana, Emile Zola s’intéresse à une nouvelle tranche de la société, et particulièrement de la société parisienne : le monde des théâtres et la bourgeoisie qui gravite en ces lieux. Il crée un personnage de courtisane, déjà multiplement exploité en littérature avant lui, mais, et c’est l’un des points forts du roman, lui donne une réelle agentivité : Nana n’est pas passive mais mène sa destinée du mieux qu’elle peut, dans les conditions de vie qui sont les siennes.
(Attention aux spoilers, une référence littéraire à propos des Liaisons dangereuses est mobilisée dans l'avant-dernier paragraphe)
Analyse :
Si l’on retrouve la théorie de l’hérédité de Zola (Nana serait “la mouche qui contamine le beau monde” en se posant dessus, en référence à ses origines prolétaires), le roman offre un regard sur les dérives comportementales des hommes en tant que classe, se plaçant en observateur de leurs perversions. La “passion” possessive qu’ils vouent tous à Nana révèle le statut d’objet précieux qu’ils lui accordent, et les pousse à se faire la guerre pour avoir accès à ses faveurs.
Le corps de Nana est d’ailleurs à plusieurs reprises décrit comme son outil de travail, et si c’est certainement vu d’un mauvais oeil par le lecteur du XIXe siècle, une lectrice contemporaine y verra la réponse de classe d’une femme qui souhaite survivre et assurer son ascension sociale en vendant sa force de travail dans le cadre du travail sexuel. Nana, si elle a des sentiments, ne semble jamais vraiment s’attacher et reste maîtresse de la cour d’hommes qui gravitent autour d’elle. Si elle manque d’argent, elle n’hésite pas à se prostituer “chez la Tricon”, comme une femme du peuple, ce qui marque son appartenance de classe malgré le faste de son train de vie dans la seconde partie du roman.
De même, la tyrannie exercée par les hommes sur Nana dépeint, notamment dans la première moitié du livre, la violence patriarcale qui organise les relations entre les genres sous le Second Empire. En effet, la narration donne à voir aussi bien la violence de Muffat au début de leur liaison (violence de l’homme qui exploite le corps) et celle, domestique, de Fontan lorsque tous deux s’installent en ménage (violence de l’homme qui exploite la force de travail domestique et le corps). Dans ces scènes, on voit Nana soumise, qui revient et pardonne toujours cette violence, aliénée à sa condition de femme, de dominée. Pourtant, dans la seconde partie du roman, les rapports de force semblent s'inverser et c’est elle qui domine tous ses amants qu’elle manipule à loisir, et qu’elle se met même à battre, retournant ainsi l’arme de l’oppresseur contre lui-même. Si Zola y voit sans doute la perversion de cette femme, j’y vois pour ma part une femme qui refuse la domination de genre qui lui est imposée et qui choisit de retourner la situation, de devenir maitresse dans sa maison. C’est la résultante de son aliénation, mais la violence de Nana ne peut être lue comme gratuite, elle ne fait que répondre aux maltraitances qu’elle subit depuis l’enfance, en tant que jouet des hommes. Pas de complaisance pour ces consommateurs de femme dans le roman de Zola : les hommes (qu'il a souhaité représenter dans leur diversité, ce qui explique le nombre important de personnages) en prennent pour leur grade, et offrent un panel de réactions plus risibles les unes que les autres. A ce titre, le personnage du comte Muffat est particulièrement pertinent : sa frustration d’une vie trop réglée (notamment contrôlée par la religion) conditionne son comportement ridicule, très agréable à lire dans une perspective satirique de la noblesse du Second Empire (mais aussi des hommes dominants).
Si la mort finale du personnage semble assez prévisible (et nous rappelle une autre femme “perverse” célèbre de la littérature, la Marquise de Merteuil des Liaisons dangeureuses, qui elle aussi lutte pour son pouvoir d’agir dans une société d’hommes), elle est l’occasion d’une dernière polarisation genrée des personnages : seules les femmes, qui semblaient détester Nana de son vivant, montent dans sa chambre pour la veillée funèbre, alors que les hommes restent en bas, à parler politique en fumant des cigares. C’est sur cette image de solidarité de classe que se clôt un roman bien mené, structuré à la manière caractéristique d’un auteur qui enquête et qui veut rendre une image fidèle de la société qui l’entoure.
Pour conclure, il ne faut certes pas être dupe des “intentions” de Zola par rapport aux femmes, ou de sa vision politique des relations entre les genres (le puritanisme sous-tend en effet de façon évidente tout le texte), mais son regard naturaliste se fait le garant d’un texte qui nous donne, à nous lectorat contemporain, de quoi réfléchir sur l’exploitation des femmes dans la société du XIXe, comme un miroir tendu à la nôtre.
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Créée
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