A l’instar de Marcel Proust et sa madeleine, Philippe Claudel se remémore sa vie et nous livre quelques-uns de ses souvenirs sous forme d’anecdotes. Toutes ayant pour origine un parfum particulier, une odeur retrouvée ici ou là. De ses années en culotte courte à sa vie actuelle, avec une brève allusion à sa fille, à ses débuts fort peu prometteurs à l’université de Nancy où « il est peu de chose et s’apprête bien vite à n’être plus rien du tout ». Evocation de ses parents, grands-mères, grands-pères qu’il n’a pas connus, grands-tantes et sœurs. Amis, camarades, voisins. La Lorraine où il est né et qu’il n’a jamais quittée. Les forêts vosgiennes. Ses baignades d’enfant et parties de pêche dans la Meurthe et le Sânon. Ses rencontres avec le sexe féminin, ses premiers émois amoureux. Les boums. Les périples à vélo, en 2CV ou 4L. La maison familiale et son potager. Sa mère remplissant des bocaux de fruits et légumes pour l’hiver…
Des vestiges de son passé livrés pêle-mêle à l’occasion d’une senteur de tilleul, d’un relent de fumier, de vapeurs de cannabis, d’effluves de corps tartiné de crème solaire, d’une haleine d’alambic, d’un souffle d’ozone à la suite d’un orage d’été. Peut-être un peu décousu et, du coup, fragmentaire. Mais au bout du compte, Philippe Claudel se dévoile peu à peu, prend corps au gré de courts chapitres qui s’égrainent rapidement.
L’ensemble formant un tout des plus agréables empreint de poésie et d’une pointe de nostalgie. Et de tendresse. D’un brin d’humour. Mais aussi d’une certaine gravité. Un style assez dense (un paragraphe pour un chapitre) mais jamais ennuyeux, jamais pesant. Toujours vivant, agrémenté d’un vocabulaire riche et recherché, jamais pompeux.
Un bon moment.