Il y avait, rue de Choiseul, un immeuble cossu dont la façade offrait l'image d'un ravissant havre de paix. Mais derrière les persiennes, à l'abri des regards, se jouait la pire décadence de la bourgeoisie parisienne. Ses habitants, d'apparence noble et raffinée, étaient plus occupés à entretenir d'intestines guerres de voisinage qu'à se pencher sur leur propre existence, vaine, qui méritait pourtant bien des attentions. On y décomptait ainsi un triangle quasi libertin, dont les ébats se déroulaient au vu et au su de tous ; une famille bourgeoise de façade, dont la ronde était menée par une mère perfide et malhonnête ; un locataire mystérieux qui dissimulait ses conquêtes ; ou encore des bonnes qui, en l'absence de leurs maîtres et maîtresses, se livraient aux pires commérages. Tous cohabitaient dans un tumulte soigneusement dissimulé. C'est dans ce capharnaüm que débarqua un jeune homme naïf. Aimable et souple de caractère, il charma la maisonnée par son aisance relationnelle, sa sympathie et la vigueur propre à son jeune âge. C'est pourtant son passage qui fut à l'origine de bien des déboires, lesquels ne s'estompèrent qu'à son départ, lorsqu'il quitta sa chambre pour se lancer dans les affaires.
À l'époque, les bourgeois prenaient plaisir à tourner le petit peuple en ridicule : sale et débauché, souvent acoquiné avec une bouteille d'alcool. Zola, par ses livres acerbes qui dépeignent avec précision n'importe quelle réalité sociale, vint contrebalancer cette tendance. Il écarte les rideaux et révèle que certains privilégiés ne sont pas moins sujets aux vices humains que leurs voisins démunis.