Je n’avais pas d’attentes particulières en commençant ce premier roman écrit par le journaliste Ramsès Kefi, et je dois dire que c’est dans l’ensemble une bonne surprise.
L’idée d’imaginer une cité baptisée « la Caverne », recouverte de graffitis évoquant la préhistoire est assez pertinente, à plusieurs niveaux. Cela symbolise le mépris affiché de la politique des grands ensembles envers la population destinée à y habiter, mais c’est également une revisite habile de l’allégorie platonicienne. Le personnage principal, Salmane, va, suite à l’électrochoc provoqué par sa mère qui décide de fuguer, sortir du monde des illusions et des ombres dans lequel il est enlisé depuis 36 ans pour trouver sa voie et exister enfin.
Il s’agit donc d’un roman d’initiation pour tanguy un peu perdu dans sa vie, qui va aussi, au fil de sa recherche sur les motivations d’Amani (la mère), renouer avec ses origines que ses parents avaient décidé d’effacer. La thématique du déracinement est donc bien présente, et tout à fait bienvenue dans une époque où l’on nous matraque chaque jour le mythe du bon migrant assimilé, qui doit, s’il veut être un bon français, faire table rase du passé. Ici, Ramsès Kefi nous présente les ravages que peuvent causer un passé refoulé, autant sur les parents que sur leurs enfants, quand bien même ce refoulement ne soit pas dû à une volonté de s’intégrer.
Côté écriture, si ce n’est pas la panacée, c’est relativement efficace, malgré quelques petits lieux communs et des tournures un poil ampoulées. Les dernière pages du récit (en Tunisie) sont carrément poignantes, mention spéciale aux derniers vocaux d’Hédi qui font gagner un bon point dans ma notation.