A travers ses 620 pages, Thierry Frémeaux, le délégué général du Festival de Cannes, nous propose une sorte de journal intime allant du premier jour après le festival 2015, jusqu'à la même compétition en 2016.
Jamais un officiel du Festival n'avait proposé une plongée aussi intime dans ses méandres,allant du choix du Président du jury, la composition de ses membres, choisir les films en compétition, et bien entendu cela passe par des tas de films que voit Frémeaux et son équipe.
Et, d'autre part, c'est un portrait en filigrane de ce cinéphile acharné, Lyonnais dans l'âme, supporter de l'Olympique Lyonnais, délégué général du Festival Lumière, et amoureux fou de Bruce Springsteen, dont il va voir chacun de ses concerts dès qu'il passe en France.
C'est à se demander quand est-ce qu'il dort ou qu'il a des moments plus intimes avec sa famille, car il donne l'impression de bouger tout le temps, à Paris, à l'étranger, dans les trains, en vélo ; la capacité de travail de Thierry Frémeaux semble friser le surnaturel !
C'est aussi l'occasion de découvrir des réalisateurs dans un versant plus personnel, comme ses rapports étroits avec Martin Scorsese, alors englué dans le montage de Silence, et à qui il demande des conseils à Frémeaux, et bien entendu un rapport presque paternel entre ce dernier et Betrand Tavernier, dont j'ai appris avec horreur en lisant ce livre qu'il a été gravement malade, le contraignant à un repos forcé, mais que ça ne l'empêchait pas de travailler sur la rédaction de son futur livre 100 ans de cinéma américain, d'envoyer des mails enthousiastes à Frémeaux sur des découvertes de films, et de travailler en même temps à son documentaire Voyage au cœur du cinéma français.
Outre ces passages sur Tavernier, on y trouve parfois du suspense, aussi bien dans la volonté de France Télévisions de devenir le nouveau partenaire du Festival de Cannes, à la place de Canal +, de la proposition de Pathé de choisir Frémeaux comme nouveau directeur, et surtout, dans la composition du Jury de Cannes 2016.
Où l'on découvre que ça se joue parfois à peu de choses, qu'il faille débloquer un agenda de ministre pour pouvoir être disponible durant quinze jours, comme pour George Miller, ou de faire tourner en bourrique l'équipe, à l'image de Forrest Whitaker qui refusera au dernier moment le choix d'être au Jury. Car il faut comprendre aussi qu'il y a une affaire pécuniaire en plus de la disponibilité ; être dans le Festival de Cannes, c'est être dévoué à sa tâche durant près de 15 jours, de manière gracieuse, donc à ne pas être disponible durant tout ce laps de temps en cas d'un éventuel tournage se déroulant à la même période.
Le livre est écrit comme un journal de bord, chaque jour ayant sa petite histoire. En tant que cinéphile, j'ai bien entendu adorer lire ce témoignage d'un homme étant dans une spirale infernale, mais qui garde constamment son émerveillement d'enfant ; croiser des acteurs, réalisateurs, être invité à voir des films, organiser des festivals (Lumière et Cannes), et tout ceci dans un style très agréable qui ne donne pas envie d'arrêter la lecture de ces 620 pages.
J'ai volontairement omis de parler des centaines d'anecdotes qui jalonnent le livre, mais en le refermant, ça ne donne qu'une envie ; voir encore plus de films !