C’est la troisième fois que je le lis -à chaque fois à plusieurs années d’intervalle- et ce n’est sans doute pas l’un des Dick les plus faciles : le livre est très dense et fourmille de dialogues ciselés et de thèses ‘psychobiologiques’, l’ambiance y est lourde et constamment cinglée, quasi psychotique… Un livre où l’on retrouve de façon concentrée les thèmes récurrents de l’auteur, à savoir la schizophrénie, la paranoïa, les faux semblants et la… drogue.
Bob Arctor, agent des stups infiltré chez les camés, se voit contraint de se surveiller lui-même pour ne pas bousiller sa couverture, car si la parano est monnaie courante chez les shootés, elle l’est aussi dans l’Agence fédérale puisqu’ils portent des « complets brouillés » les rendant méconnaissables aux yeux de tous : personne ne sait donc qui est l’infiltré et cette obsession maladive de la sécurité est commune aux deux camps.
Et bien sûr, en tant qu’infiltré, Bob est bien obligé de consommer de la « Mort » jusqu’à devenir un camé comme les autres à l’insu de son propre cerveau… Bien entendu, entre tant de faux semblants de part et d’autre, Bob Arctor comme tant d’autres « héros » de l’univers dickien n’est qu’un rouage au sein d’une entreprise plus vaste que le génie de l’écrivain ne manquera pas de nous dévoiler à la fin de l’ouvrage, une très belle fin, particulièrement soignée et presque inhabituelle de sa part.
Indéniablement drôle de temps à autre avec tous ses personnages ravagés de la tête, Substance Mort est une sorte de voyage au bout de la folie et plus précisément de la dégradation de la perception et des processus logiques sans que la personne elle-même ne s’en rende jamais compte…! sauf après coup lorsque Bob visionne les bandes d’enregistrement : cette personne défoncée qui raconte n’importe quoi… serait-ce donc… lui ?!
Un superbe roman qui ne relève qu’assez peu du genre de la Science-Fiction finalement, il pourrait quasiment être notre contemporain, ici et maintenant : voilà qui n’en est que plus dingue… encore !