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le 26 août 2022
SuivreLa misère de la Beauté
"Tango de Satan" occupe une place résolument à part dans ma vie culturelle. Son adaptation cinématographique par Bélà Tarr, ma première rencontre avec ce cinéaste désormais dans mes premiers rangs,...
Bon… il a eu le Nobel László. Béla Tarr en a fait un film de plus de 7 heures.
Franchement, c’est bien, mais… « c’est très »… « approximatif ».
La réussite du Tango de Satan doit beaucoup à ses dialogues.
Mon impression est embrouillée. La plupart du temps j’avais le sentiment d’être dans une sorte de remake des Démons. J’ai adoré le style d’écriture, notamment sa grossièreté assumée. Tout en étant tout à fait sûr de ses effets, László sait très bien faire vibrer une description d’un attrait poétique, sinon mystique (mystique sans y croire, voilà toute sa subtilité).
La grande différence avec Dosto, c’est que László met en scène une impiété, un paganisme désespéré, une sorte d’éternel chant du cygne de ses personnages.
Je n’arrivais pas toujours à différencier les personnages les uns des autres.
Irimiás est une sorte d’anti-Stravoguine, ou d’anti-Kirilov. (ou encore d’anti-Porphyre Petrovitch, notamment avec le chapitre où le personnage fait un discours puissant, et, déjà-vu chez les Russes).
Je n’avais jamais lu de livre hongrois, à part être sans destin de Kertesz, mais la liberté de ton est fascinante chez László.
Le tourbillon des personnages, des lieux insalubres et le décor entouré de boue, est évocateur de la psyché des protagonistes qui s’expriment en miroir face à leur quotidien et leur turpitude. C’est comme une sorte de messe sans autel.
Comme une manière de laisser les personnages s’exprimer malgré eux, contre eux.
– Même, on ne crée de l’empathie que si le personnage existe sur le papier, d’où un paradoxe patent : je confondais les personnages (leurs noms étaient embrumés) mais pas leur caractère sur la page. La page, chez László, est vivante, bourdonne, le motif des cloches qui vient appuyer la folie du docteur est parfait, à la fois risée de la ferme collective, alcoolique et ermite sans avenir.
Je ne peux pas dire que je ne me suis pas ennuyé parfois.
Alors que certains passages me tenaient en haleine, les 50 premières pages m’ont fasciné :
— Qui parle ?
— Qu'est-ce qu’ils foutent dans cette ferme à picoler ?
— Pourquoi la haine est le moteur principal des conversations ?
Je tiens d’ailleurs à saluer Joëlle Dufeuilly, elle a fait un travail de traduction qui possède aussi des caractéristiques créatives.
Je ne vois pas la filiation, revendiquée par la critique, avec Bernhard et Kafka, deux auteurs qui seraient présents en surplomb. Cependant, comme j’ai beaucoup de mal avec ces deux auteurs reconnus, je m’étonne que le romancier hongrois soit lui beaucoup plus à mon goût, en termes d’écriture. Si vous cherchez un digne héritier de la littérature à la fois luminescente et obscure (excusez cet oxymore à deux balles), tout en détournant, renversant, le catholicisme des deux géants russes, vous avez frappé à la bonne porte branlante.
En bref, lire Krasznahorkai, c’est vivre l’expérience d’un tour d’horizon bouché, un tango de tarés congénitales, et l’occasion de rire, et de se prendre enfin la tête !
titre, V mlhách, Dans les brumes, In the Mists, Leoš Janáček : https://www.youtube.com/watch?v=9m5oVNFlKnc&list=RD9m5oVNFlKnc&start_radio=1
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Créée
le 26 juil. 2026
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