Ce que Fabio Bacà a réussi avec Une chance insolente, c’est de condenser autant de matière intéressante sur plus de deux cent trente pages. Kurt O’Reilly, anti-héros et narrateur du roman, s’interroge avec curiosité et angoisse sur son rapport à sa chance profonde depuis quelque temps ( le fisc lui rendant de l’argent inopinément, de mauvais placements boursiers lui permettant de gagner une somme astronomique ou même d’échapper à la mort grâce à un impact de balle le frôlant entre autres événements extraordinaires)L’entreprise est assez savoureuse car ce trentenaire occupe justement un haut poste dans la statistique à Londres. Et cet homme voit toutes ses certitudes sur le contrôle qu’il peut avoir sur sa vie ou des données de celles des autres s’effondrer. Son parcours est à la fois comique et insensé car des événements précis ou des rencontres particulières vont alimenter et faire juguler ses humeurs tout au long du roman. Ce que j’ai adoré dans Une chance insolente, c’est le fait de ne jamais savoir où les pérégrinations de Kurt allaient m’entraîner et de trouver de nombreux regards sur sa vie ( professionnel, amical, conjugal…) où la raison pure côtoie parfois des névroses chroniques. Kurt O’Reilly, être résolu à comprendre le sens de l’existence, va pourtant changer de regard sur la vie dans l’épilogue du livre. Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un livre avec une alchimie narrative aussi remarquable et où un auteur aime à manier le langage pour faire ressortir la richesse du vocabulaire mais convoquer une certaine curiosité intellectuelle chez son lecteur. Quelle chance d’avoir pu l’apprécier!