Je ne connaissais Virginie Despentes que de nom. il y a quelques mois un ami me parle d'elle, et devant ma réaction, s'étonne : "Vrai, t'as rien lu d'elle?!" Comme si lire Despentes était une évidence.
Quelques mois plus tard donc.
Vernon Subutex. Ce personnage, je peux m'y identifier. J'ai même hébergé un mec un peu comme lui, sauf qu'il n'avait pas été disquaire, et qu'il n'était pas aussi cool.
Enfin, cool...
Vernon est une épave.
Mais pas pour les personnages du roman. Un peu dans la dèche, certes. Mais on se souvient de lui, on l'aime, on le choie même. Et surtout, tout le monde le recherche.
Comment un mec comme ça peut etre paumé et à la rue? C'est qu'il ne fait pas beaucoup d'efforts. Il a eu sa place, mais des disquaires, ça n'existe plus, et à son âge, que lui reste t-il? Il n'a pas appris à grandir, et donc il n'aime pas les efforts.
Alors, est-ce que Vernon Subutex est le roman d'une génération?
Un peu quand même.
D'une génération un peu perdue. Ou de paumés. Ou des deux.
Dix ans plus tard, force est de constater que Despentes était lucide. La société qu'elle décrit, elle existe réellement. Heureusement il n'y a pas qu'elle. Mais elle est réelle.
Comme le sont les personnages. Parce que Vernon Subutex, son intrigue c'est un prétexte pour tirer une galerie de portraits. Dans une langue très crue. Et cela fonctionne très bien. Parce que le langage est en adéquation avec le sujet et les personnages. Une osmose qui fait de Vernon Subutex un vrai plaisir.
Un peu trop riche, toutefois. Le ras-le-bol guette. L'overdose. Le trip peut tourner mauvais parfois. Cela dépendra du lecteur. Surtout que c'est très ancré dans une époque. Pour qui ne l'a pas vécue, comment réagir à une lecture pareille? Il faudrait demander. En tout cas, un livre clivant. Aucun doute là-dessus.
Et puis, ce n'est que le tome 1. Mais il se suffit très bien à lui-même. La fin est belle d'ailleurs. Pas seulement pour cette musique imaginée, vision toutefois assez saisissante. Non, elle est belle parce que la narration s'apaise enfin. Il se joue enfin quelque chose de l'ordre de l'acceptation. Le monde peut bien continuer, qu'il le fasse sans moi. Moi je me laisse aller.
J'ai été comme Vernon. Aujourd'hui je n'en suis plus là. J'ai grandi. Mais la tentation de se laisser aller...
Je connais bien.
Vernon, je crois que je te comprends.