Astérix, moi j'aime bien.
Et Astérix à l'écran, bah y'a du très bon. A commencer par les dessins animés de mon enfance. Les bretons, cléopâtre et les douze travaux, trois chef d'oeuvres, suivis d'un peu plus loin par la surprise de césar, le gaulois et le coup du menhir qui valaient le coup mais peut-être surtout étant enfant.
Puis il y a eu le premier film, que j'appréciais jusqu'à avoir ma moustache gauloise (comprendre duvet d'ado de 14 ans), qui a été suivi de l'unanimement apprécié mission Cléopâtre, qui prouvait qu'Asterix en live action ca pouvait être très très bien, et que la patte chabat se mariait bien à l'univers. Un miracle qui ne s'est jamais reproduit dans ce format, laissant les fans d'Asterix orphelin de bon films jusqu'à ce qu'Alexandre Astier, comme une évidence, vienne à son tour mettre son je ne sais quoi dans la potion et nous offre deux magnifiques films d'animation, avec lui aussi sa patte, à la fois personnelle et dans l'héritage de l'oeuvre et de ses adaptations (y compris mission cléopatre).
Alors quand on annonce une série Asterix, dans le style d'animation récent, réalisé par le plus appréciés des nuls, je suis carrément hypé. Je n'imagine pas un seul instant que ca puisse déconner.
Et pour ce qui est de la forme, j'avais raison d'espérer. pour le ton et l'humour, on y est. Mis à part quelques menus travers que je vais me faire une joie de décortiquer, c'était vraiment propre. Le problème de cette série, comme bien souvent avec notre époque, c'est son scénario et sa narration. J'avoue que je ne m'y attendais pas parce que j'imaginais naïvement qu'en reprenant la trame de la BD, ce genre de problème ne pourrait pas se produire. C'était sans compter sur deux éléments perturbateurs que je n'avais pas vu venir. Déjà la trame de la BD en elle même, bah, elle n'est pas extraordinaire et ses défauts se transmettes à la série (pas étonnant qu'elle ne servit qu'à fournir du matériau pour le coup du menhir). Ensuite, les libertés qui ont été prises, ont rajouté de la confusion et des problèmes de narrations au lieu de les corriger.
Mais avant d'expliquer en quoi la narration pose problème, je vais m'attaquer aux quelques défauts de forme. Mon ressenti principal reste très positif. Si certains vannes ne me touchent pas trop, d'autres m'éclatent franchement.
"je reviendrai, je vous raconterai et je mangerai un morceau... celle là peut-être pas" "le général de gaulle" "on trouvera plus tard sucettalanis" "est-ce que ce qu'on gagne en humanité on ne le perd pas en cruauté", "-40 avant quoi"...
Bref, ca fait globalement mouche et le doublage n'y est pas pour rien. On est dans ce style OSS, Kaamelott qui a tant été à la point de l'humour français ces dernières années.
En revanche, je trouve que les vannes sont un poil trop référencées. On sent l'envie de jouer avec l'actualité, les éléments de langage de notre époque, de mettre des références à la pop culture. Mais à un moment donné, je suis arrivé à saturation. Ca sentait un peu trop le concours de vannes pour public de 2025. Et j'ai un peu tilté sur les obsessions sociales du moment (vannes sur la parité, sur le climat...). Sans pour autant que la série ne tombe dans le wokisme ou se vautre dans les sujets de notre époque, on avait tout de même quelques maladresses, comme ce "toutes et tous" dans la bouche d'un obélix qui m'a paru complètement anachronique et hors du caractère du perso, ou encore ce cliché de la jeune fille romaine ouverte d'esprit qui devient alliée de panoramix, sorte de compilation maladroite des personnages plus réussis de la famille romaine du domaine des dieux et de pectine dans le secret de la potion magique. Bref, rien de grave sous le soleil de Gaulle, mais certains pourraient s'agacer de voir comment les thèmes et références de l'époque collent à ce point aux oeuvres produites.
Le vrai problème de cette série en revanche, comme le l'évoquait plus haut, c'est sa narration. Et là j'ai vraiment eu du mal. Déjà ce n'est pas une série. C'est un film coupé en 5 et je trouve qu'on se fout un peu de nous en disant que c'est une série. Franchement, il y avait moyen de faire une vrai série, mieux construite, avec des enjeux se déployant sur le long terme... Quitte à terminer une première saison sur une victoire temporaire romaine, ca aurait été audacieux ça !
Mais venons en au fait. Le problème de ce combat de chef c'est que c'est un enchaînement chaotique et insensé de péripéties, décisions à la con et deus ex machina douteux.
Attention, spoilons !
Déjà on part d'un plan de base plutôt malin de la part des romains. Néanmoins, ce plan implique de retirer la potion aux gaulois. Hors, retirer la potion aux gaulois, c'est en fait une condition suffisante pour les soumettre (en mettant de côté le cas obélix, car dans de nombreux albums, la présence d'Obélix seule ne suffit pas, soit parcequ'on suppose implicitement que les autres seraient en danger, soit parcequ'Obélix se gère autrement, avec de la bouffe ou en le manipulant...) Donc tout plan qui implique d'empécher les gaulois d'avoir accès à de la potion est en fait un plan à la con. Il se trouve que par les ficelles du scénario (qui nous vient de la BD), Les romains accomplissent cet objectif quand panoramix devient fou après s'être mangé un menhir. Il y avait pourtant d'autres manière de rendre le plan des romains plus malin (soit en trouvant une faille juridique dans l'usage de la potion dans le combat de chef, soit en mettant en pause le match le temps que la potion ne fasse plus effet sous quelque prétexte), mais admettons... Là dessus, les gaulois décident de nommer Obelix chef à la place du chef, eh oui, malinx le linx. Mais une glossophobie de tchekov fait perdre tous ses moyens à notre Gr... euh, à notre tailleur de menhir préféré. Et voilà que le chef adverse gagne le combat. Le plan de césar est donc achevé, il ne lui reste plus qu'à rentrer à Rome en laissant son chef Gallo Romain gouverner la région et romaniser tout le monde tranquillement, ce n'est SURTOUT PAS LE MOMENT, d'envoyer la légion détruire le village Gaullois en violation des conventions de genève, car Alors, Obelix serait légitime à donner des baffes, ce qu'il ne se prive pas de faire quand César décidera d'attaquer malgré tout. Les gaulois rentrent donc tous au village, bien décidé à défendre ce qui en reste, avec ou sans potion mais pas de panique car de toute façon Pano a retrouver ses esprits grâce au script magique, une recette qui se transmet de scénariste en scénariste depuis la nuit des temps. Le druide y est déjà en train de préparer sa fameuse potion. Mais haha, les romains sont arrivés avant les gaulois car les frêles esquifs vont semble t'il plus vite qu'Obelix au galop, ce qui leur permet de disposer de la potion que les légionnaires boivent avant d'attaquer Obelix dans la première confrontation romain gaulois à force magique égale de l'histoire d'Asterix (je mets de côté le lion contre le cafard), et force est de constater que la scène claque pas mal. Et puis tout ça se termine avec les romains qui s'envolent et brillent de milles couleur car en fait Panoramix avait saboté sa potion (comment savait il que les romains allaient la lui piquer ? Aucune idée), et c'est la fin d'Asterix et le combat des chefs et de mon spoiler.
Alors on pourrait dire que le scénario dans Astérix, c'est pas si important, que c'est de toute façon du grand n'importe quoi. C'est vrai qu'il y a toujours des facilités, des incohérences, de l'absurde. Mais il y a quand même une trame narrative claire. Un enjeu, des événements qui font à peu près sens et qui lient l'oeuvre et moi j'ai besoin de ça pour apprécier vraiment un film. Ca ne me suffit pas que les punchlines soient bonnes, que l'animation soit fraîche, qu'il y ait de bonnes idées, il faut que tout ça soit lié proprement et ce côté confus, mal fichu, c'est ce qui justifie ma note de 6, et aussi parce que six, si je romanise...