Il y a deux récits dans la série en huit épisodes de Benjamin Charbit et Dominique Baumard, Camarades. Le premier, c’est celui de l’université expérimentale et autogérée de Vincennes – un récit aussi intello qu’utopiste, tantôt intéressant et ludique, tantôt rapide et balayé. Le second, c’est celui d’un espionnage, d’une infiltration, d’un chantage – voilà le lien tissé avec l’œuvre précédente des ses créateurs, Le Bureau des légendes – un récit aussi grotesque qu’inutile. Il y avait sans doute mieux à faire ici, dans ce bureau légendaire.
Finalement, que retiendra-t-on de Camarades ? Un délire de bourgeois révolutionnaires. Une histoire d’émancipation (relative) de genre, d’origine et de classe, un histoire d’échec (relatif) de la bourgeoisie, d’échec (total) de la révolution. On retiendra le MLF, le MAUV, et c’est tout (c’est-à-dire assez peu comparé à l’ambition du projet de l’université de Vincennes). Une exploration moins narrative de l’université de Vincennes aurait sans doute été bénéfique à la série : en huit épisodes, on aurait pu découvrir au moins huit mouvements différents capables de rendre compte de la richesse intellectuelle de l’époque, au lieu de se concentrer sur quelques personnages dont les histoires singulières intéressent finalement assez peu. Ce qui est intéressant, c’est le lieu, c’est le projet, c’est la circulation des idées, la diversité des opinions. C’est d’autant plus dommage que l’esquisse qui en donnée est pas mal rendue, même si, finalement, on est assez loin de l'univers des années 70 et de leur LSD (pas de cours sous substances ? quel dommage !). Mais là où Camarades échoue, c’est dans la reconstitution de cet espace utopique (par son étymologie, le mot utopie signifie le lieu qui n’a pas lieu, était un défi de représentation que la série ne réalise qu’à moitié). Il aurait fallu oser dépasser le cadre de la narration pure, explorer un autre fil conducteur. Car finalement, sous ses apparences pop, modernes, « nouvelle vague », la série ose peu. Difficile d’en sortir grandi ou émancipé, ni de savoir quoi penser de cette histoire dans laquelle les profs et les étudiants flirtent parfois avec le ridicule et dans laquelle le flic-espion pourrait quand-même parfois avoir notre bénédiction. Contrairement à un cours de Foucault ou Deleuze, Camarades se regarde bien mais s’oublie vite.